30 décembre 2010

Des planchers propres pour ce 30 décembre 1955


Cliquer pour agrandir

Il s'en passe des choses dans l'actualité de ce 30 décembre 1955 et peut-être se trouve t-il encore des gens pour lire les journeaux ou écouter la radio mais pour la grande majorité des gens ce sont les préparations de la veillée du nouvel an qui importe. Pour de nombreuses femmes il faut non seulement préparer à nouveau plein de nourriture comme celà a été le cas à Noël mais il faut aussi s'assurer que toute la maison est bien rangée.

Il faut aussi voir à la propreté des planchers car sinon, que va dire toute la parenté? Dans les années 50 la grande majorité des planchers de cuisine sont en prélart véritable que le jargon populaire renommera "prélat". C'est une surface relativement durable mais qui doit être polie de temps à autres, surtout à la veille de recevoir de la grande visite nombreuse.

Alors mesdames, General Electric à pensé à vous avec cette magnifique polisseuse à plancher  qui peut nettoyer toute une cuisine en moins de 2 minutes trente secondes top. Et elle ne pèse que seize livres!!

Pour tout dire, j'ignore complètement si cette polisseuse pouvait effectivement polir tout un plancher de cuisine en aussi peu de temps que ne l'affirme General Electric mais ce dont je suis à peu près certain c'est qu'il ne devait pas y avoir beaucoup de femmes qui utilisaient cet appareil chaussées de tels escarpins!

Cette annonce est amusante surtout pour la façon dont le graphiste a juxtaposé le modèle avec des décors tracés à la plume. Ce dernier a aussi dû intégrer dans un espace relativement restreint toute une foule de détails exigés par le client et je dois dire qu'il a fait ici un très bon boulot en y intégrant tous ces éléments sans que le tout ne paraisse surchargé. 

25 décembre 2010

Des tapis propres pour ce jour de Noël 1955


Cliquer pour agrandir

En ce jour de Noël 1955 on apprend que le gouvernement fédéral accuse un surplus dans ses revenus de l'ordre de $105,600,000 pour les huit premiers mois de l'année fiscale. A pareille date un an plus tôt ce surplus s'était chiffré à $91,700,000.

On apprend également une bien triste nouvelle alors que la veille, vers 18:15 le conducteur d'une voiture dans laquelle prenait aussi place trois autres personnes, a doublé toute une file d'autos qui attendaient patiemment à un passage à niveau du Canadien Pacifique à l'angle des rues Crémazie et de l'Épée. Au moment de traverser les voies ferrées la voiture fut violemment frappée par un train de passagers qui venait tout juste de quitter la gare Jean-Talon. Les occupants de la voiture, comme on le devine, ont tous été tués sur le coup.

Mais la plupart des gens n'ont pas encore regardé le journal et en ce matin de Noël on s'occupe plutôt avec les cadeaux reçus la veille. Et quelle mère de famille n'aurait pas été heureuse de recevoir, comme dans l'annonce d'aujourd'hui, un magnifique balai mécanique pour tapis de marque Bissell? Et quelle petite fille n'aurait pas été absolument histérique en recevant une version miniature du balai de maman? Pour ce père de famille c'était là les cadeaux parfaits, tellement parfaits que la petite fille ne tarde même pas à l'essayer de suite!

Bissell ne date pas d'hier. En fait, bien que Melville Bissell fonda sa première manufacture de balais à tapis mécaniques en 1883 à Grand Rapids au Michigan, il en inventa le premier appareil en 1876 en prenant soin de le protéger d'un brevet. En 1890 la compagnie fabriquait plus de 1000 balais par jour.

En 2004 Bissell acquit la compagnie Woolite pour $62 millions et diversifia sa gamme de produits. En 2009 la compagnie devanca Hoover dans les ventes de produits d'entretien ménagers. Bissell n'a jamais eu d'usine à Montréal mais en fit construire une en 1905 à Mississauga en Ontario. On peut visiter leur site web ici.


Quant à l'annonce proprement dite, sans jeu de mot, elle a de quoi faire sursauter aujourd'hui de par son sexisme mais pour 1955 c'était dans la norme et cette norme, eh bien ceux qui ont conçu cette pub l'on soulignée bien gras. Le texte peut bien donner moults détails sur les prix mais l'élément qui parle dans cette publicité est bien entendu la photo. Il est amusant de noter le père qui tient une fausse barbe dans la main et qui ne semble pas inquièter sa fille qui semble encore en âge de croire au Père Noël.

23 décembre 2010

En ce noël 1955 n'oubliez pas le Tuck Tape!


Cliquer pour agrandir

En ce vendredi 23 décembre 1955 on ne parle que de cet épouvantable incendie qui s'est déclaré à l'angle des rues Ste-Catherine et Bleury la veille. Le feu était si intense que plus de 225 pompiers provenant de plus de 25 casernes furent dépêchés sur les lieux. Un pompier fut grièvement blessé en tombant d'un troisième étage et d'autres subirent diverses blessures pour lesquelles ils reçurent tous les premiers soins sur place. Outre les pompiers on ne compta heureusement aucun blessé. Par précaution on évacua la centaine de spectateurs qui assistaient à un film au théatre Alouette non loin de là.

En raison du sinistre qui a fait rage la Société de Transport cessa le service de tramways sur Ste-Catherine entre De Lorimier et Atwater ainsi que sur la rue Bleury entre les rues Ontario et Craig (actuelle rue St-Antoine). On dépêcha des autobus afin d'assurer la relève non sans faire quelques détours ici et là. Aux petites heures du matin le service avait repris.  

Partout ailleurs on se prépare pour les festivités du réveillon. Quelques retardataires espèrent trouver un cadeau de dernière minute mais dans la plupart des foyers les présents sont tous achetés et soigneusement emballés. Et que seraient les emballages sans le produit-vedette du jour?

La publicité est très simpliste dans son agencement et son exécution mais par contre on voit que le graphiste/illustrateur semble avoir tourné les coins ronds un peu sur l'exécution du distributeur de ruban où le logo paraît un peu bâclé. L'ensemble fait néanmoins son travail de nous vendre l'idée que le ruban adhésif Tuck Tape est quelque chose qu'il ne faut pas oublier d'acheter. 

Le fameux ruban adhésif comme on le voit, il ne date pas d'hier. Dans la publicité d'aujourd'hui c'est de la marque Tuck Tape dont il est question, fabriqué par la compagnie Canadian Technical Tape Limited. Où se trouvait cette compagnie? Voyons voir le Lovell de 1955 un peu.


Le 3480 Jeanne-Mance ne devait être qu'un bureau administratif puisque ce secteur de la rue est relativement résidentiel. Quant au 5541 Papineau, l'adresse impaire nous indique un côté est et donne approximativement là où débouche la rue St-Grégoire. Aujourd'hui le Tuck Tape est une marque toujours vendue en magasin et il se trouve encore un usine à Montréal au 455 boulevard de la Côte-Vertu et dont on peut visiter le site web ici.


22 décembre 2010

L'objet de ses rêves pour Noël 1954


Cliquer pour agrandir

Qui dit période des fêtes dit réunions familiales et 1954 ne fait pas exception. Les oncles, tantes, cousins, grand-parents, bref, toute la parenté se retrouve et il n'est pas rare de voir 25, 30 personnes dans une seule et même maison, parfois même plus, à festoyer. De quoi vas t-on parler en ce Noël de 1954? Peut-être les femmes vont discuter de la version filmée du Survenant de Germaine Guèvremont et qui est tout récemment sorti. Sûrement qu'elles échangeront des idées de recettes et de bonnes adresses pour toutes sortes de choses. Pendant ce temps-là les hommes parleront hockey mais fort probablement aussi de la défaite des Alouettes le 27 novembre en finale de la coupe Grey, eux qui espéraient tant voir Etchevery, Patterson, O'Quinn et le reste de l'équipe l'emporter.

Mais parmis tous les cadeaux que l'on retrouve sous l'arbre et qui ne seront évidemment déballés qu'après la messe de minuit, est-ce qu'il se trouve un de ces rasoirs électriques Philishave? Est-ce vraiment l'objet de ses rêves? Peut-être pour certains hommes, qui voient dans ce rasoir un moyen de se faire la barbe plus rapidement alors que pour d'autres la mousse et le rasoir à main et peut-être la main experte et sûre du barbier  demeure irremplaçable.

Dans la pub d'aujourd'hui je dois dire chapeau au graphiste/illustrateur qui a si bien rendu l'expression du père qui reçoit et de sa fille qui donne. Le tout étant réalisé de façon très adroite au lavis, mélange d'encre de chine et d'eau dont les proportions de l'un et l'autre peuvent donner plein de tons de gris différents. Par contre, il s'agit d'une publicité destinée à être publiée dans le temps des fêtes et l'absence de couleurs festives, remplaçées ici par une jaune serin ne fut peut-être pas la meilleure idée. Il y a bien le sapin, quelque peu perdu au milieu à droite mais il paraît quelque peu perdu. Je ne sais pas non plus interprèter les enfants, simplement traçés au pinceau en haut complètement... 

Quant à Philips, ses bureaux se trouvaient, en 1954, au 8525 Décarie, un bâtiment qui existe encore mais rénové et qui n'abrite évidemment plus la célèbre compagnie qui vend encore aujourd'hui des milliers de rasoirs électriques. 

21 décembre 2010

Une véritable source de plaisir pour décembre 1954


Cliquer pour agrandir

Décembre 1954. Pour les gens habitant les campagnes et terres agricoles du Québec la fête de Noël prend toute une tournure lorsque Maurice Duplessis annonce dès le début du mois une subvention de $30 millions de dollars afin d'électrifier les régions rurales. Et à Montréal les gens observent les premiers pas de Jean Drapeau à la mairie de la ville alors qu'il fut élu le 25 octobre sous la bannière de la Ligue d'Action Civique.

Pour l'annonce d'aujourd'hui, qui s'inscrit dans le cadre d'un spécial Noël, nous avons la bière bien connue Red Cap brassée par Carling dont j'ai parlé dans un autre article le 13 septembre 2010.  Carling utilise ici sa mascotte, Jos Gobelet, qui nous affirme une fois de plus que la red Cap est une véritable source de plaisir, slogan que la compagnie réutilisera en 1955.

Ici la publicité ne se perd pas en menus détails. Le graphiste a fignolé ici avec un certain amusement qui se sent bien, des petites illustrations très stylisées pour le temps des fêtes. Pas envahissantes du tout elles complètent une ensemble bien balançé sur un fond bleu clair qui laisse respirer chaque élément afin de laisser le slogan faire son travail.

20 décembre 2010

RCA Victor pour Noël 1955


Cliquez pour agrandir

Décembre 1955. Au Québec on parle évidemment de cet épouvantable glissement de terrain qui eut lieu le 12 novembre à Nicolet et dans lequel trois personnes perdirent la vie. Plusieurs bâtiments furent emportés dont la cathédrale qui fut complètement détruite. 

Partout au Québec les gens sont attristés de cet évènement mais se préparent néanmoins à fêter Noël dans la joie. Si vous êtes à Montréal sur la rue Ste-Catherine vous y voyez une frénésie et une activité commerciale à couper le souffle. Toutes les vitrines sont décorées de couleurs festives avec des rubans, boucles et personnages du temps des Fêtes. Les foules se pressent dans les grands magasins du temps; Simpsons, Eaton, Morgans, Dupuis Frères et Ogilvie avec sa fameuse vitrine animée. On magasine beaucoup pour offrir des cadeaux mais aussi pour de beaux vêtements pour aller chez la parenté, la recevoir et bien sûr pour assister à la fameuse Messe de Minuit.

Un cadeau très dispendieux mais incroyablement apprécié est un appareil de télévision. Ceux offerts par RCA Victor sont bien jolis mais malheureusement pas à la portée de toutes les bourses. Alors que le salaire moyen de 1955 est d'environ $2800 par an, même le téléviseur le moins coûteux de cette pub à $369 représente un mois et demi de salaire!

La publicité ci-haut a été bien pensée et bien structurée. La couleur verte, évidemment dominante, a été retenue parce qu'elle rappelle le vert du sapin. L'ouverture dans laquelle on voit une famille typique de l'époque a été faite en forme de cadeau avec une boucle en haut. L'ensemble ne souffre pas d'inégalité et fait exactement ce qu'il doit faire: vendre le rêve de possèder un appareil RCA Victor pour 1956.

RCA Victor est une compagnie américaine qui fut fondée en 1919 d'abord sous le nom de Radio Corporation of America. En 1929 elle se porta acquéreur de Victor Talking Machine Company, bien connue pour ses phonographes dont le fameux Victrola. Par cet achat RCA Victor devint en même temps propriétaire majoritaire de Victor Company of Japan (JVC). 

14 décembre 2010

Paléontologie urbaine

Vous allez certainement me dire que je me suis trompé en écrivant le titre de cet article! L’archéologie passe encore, mais la paléontologie n’est-elle pas l’étude des espèce animales préhistoriques? Si. Et je peux vous affirmer que mon titre ne comporte aucune faute. Je peux presque voir les points d’interrogration apparaître au-dessus de vos têtes et pourtant, dans cet article, je vais joindre paléontologie et architecture du début du siècle.

Si le béton armé avait commençé à faire son apparition vers 1915, la pierre demeura la matière de choix pour la construction pour quiquonque en avait les moyens, qu’elle vienne d’ailleurs (grès rouge d’Ecosse, marbre du Vermont) ou qu’elle soit issue d’une carrière locale (granit, grès, pierre grise ou calcaire). Maintenant, si vous avez déjà eu le bonheur (ou le malheur, c’est selon) de creuser le sol à Montréal ou en banlieue, vous avez très certainement remarqué qu’une des premières matières rencontrées est… la glaise.

C’est qu’il y a environ 10 000 ans, l’est du pays était recouvert par la Mer de Champlain. Une ancienne mer aujourd’hui disparue qui couvrait, peu après la dernière glaciation, un espace allant de la région de la Ville de Québec à l’Isle-aux-Allumettes et jusqu’à Kingston en Ontario. Aujourd’hui, cet espace est occupé par la vallée du fleuve Saint-Laurent et de la rivière des Outaouais. Par définition, Montréal se trouvait donc au fond de cette mer. Et qui dit fond de la mer dit faune marine. Avec un peu de chance, cette faune risque de gagner à la loto-fossile. La chance inouïe de se voir incrusté dans la pierre et préservé pour des milliers voire des millions d’années.

Fond de mer, faune marine, fossilisation, excavation de pierre dans les carrières… Vous me suivez?

C’est donc tout à fait pas hasard que j’ai découvert un immeuble dont les pierres regorgent de ces vieux fossiles marins. Le bâtiment en question est le complexe d’appartements Le Château, construit en 1924-26. Je prenais des photos de ce superbe édifice lorsque, en longeant la rue de La Montagne, mon regard fut attiré par d’étranges variations géologiques dans la pierre. En y regardant de plus près je me suis vite rendu compte qu’il s’agissait en fait de fossiles marins que je ne peux dater, un diplôme en paléontologie manquant à mon CV. Il faut avouer tout de même qu’il s’agit de quelque chose d’absolument fascinant.

Pour les admirer, rendez vous au 1321 Sherbrooke ouest et longez la rue de La Montagne vers le nord, vous les appercevrez très facilement.




5 décembre 2010

Combattre l'hyperacidité en 1957

En 1957 le ministre des finances du gouvernement Duplessis prévoit dans son budget une hausse de dépenses de $100 millions, du jamais vu. Duplessis annonce la construction de la première autoroute au Québec et qui reliera Montréal à St-Jérôme. Duplessis, toujours, impose la loi du cadenas mais la Cour Suprême l'invalide. A ce moment-là Duplessis à certainement dû utiliser le produit-vedette d'aujourd'hui.


Cliquer pour agrandir

Les années 50 ont été une véritable orgie alimentaire de viande rouge, de shortning, de beurre, de sauces riches et épaisses. Il ne faut donc pas s'étonner que plusieurs personnes de l'époque se retrouvaient comme ça avec des brûlures d'estomac fréquentes.  Ici, on soigne le bobo plutôt que de soigner la cause du bobo. 

Cette pub en noir et bleu est simple, dégagée et va droit au but. Le produit est dans le centre afin de lui donner tout l'importance voulue. Le texte se lit très bien dans le sens vertical et on ne s'est pas perdu à alourdir l'ensemble d'éléments inutiles. Clair, propre, simple et aéré mais efficace.

26 novembre 2010

Réfrigérateur GE en 1955


Cliquer pour agrandir


Cette publicité de General Electric nous ramène en 1955. A cette époque le salaire hedomadaire est d'environ $60 (ou $240 par mois = $2880 par an). Ottawa annonce la construction d'un nouveau pont reliant Montréal à la Rive-Sud, ce sera le pont Champlain. Duplessis et Drapeau quant à eux annoncent la construction d'une nouvelle salle de spectacle à Montréal qui prendra le nom de Place des Arts.

Que nous propose donc ici General Electric? Il s'agit d'un réfrigérateur muni de plateaux pouvant pivoter, donnant ainsi rapidement accès à tous les aliments qui s'y trouvent. Qui plus est, les plateaux sont ajustables, ce qui permet une grande versatilité. Est-ce que le concept a eu du succès? Est-ce que ce système était aussi efficace que GE le prétend?  Difficile à dire mais je dois avouer que je trouve le concept pas bête du tout!

Du côté de la conception de l'annonce elle va droit au but en nous montrant une photographie en couleurs du concept en question. Le bas de l'annonce est un peu chargé graphiquement mais l'ensemble fait très bien son travail. L'utilisation justicieuse du logo GE, bien en évidence, sert à donner évidemment confiance au consommateur.

24 novembre 2010

Belding Corticelli

Le creusage du canal Lachine au début du 19è siècle permit deux choses importantes: permettre aux bateaux de continuer à naviguer vers l’ouest et l’industrialisation du canal qui s’amorça vers 1850. Plusieurs compagnies vinrent s’établir le long du canal et tout ce secteur devint non seulement le berceau de l’industrialisation au pays mais aussi le plus important secteur manufacturier en province.

Parmi les nombreuses compagnies à profiter de la proximité du canal il y eut la Belding Paul & Co. Bien que la compagnie existait depuis 1876, c’est en 1884 qu’elle fit construire le bâtiment se trouvant entre la rue du Canal, le canal Lachine et à l’ouest par la rue des Seigneurs. Haut de cinq étages, en brique rouge et orné ne nombreuses fenêtres, l’édifice suivait assez bien le courant architectural industriel de l’époque.


En 1911, Belding Paul fusionna avec Corticelli et devint alors la Belding Corticelli. Son principal produit était la soie qui était bien entendu utilisée dans la couture générale et la confection de vêtements; industrie qui fonctionnait alors à plein régime à Montréal et en périphérie. Les employés de la Belding Corticelli ne manquèrent certainement pas de travail. A défaut d’être un employeur de taille avec une usine immense, la Belding Corticelli eut néanmoins le mérite d’être le gagne-pain de bien des familles.
Qu’en est-il aujourd’hui? Avec l’ouverture de la voie maritime du St-Laurent en 1959, le canal Lachine devint rapidement obsolète et fut éventuellement fermé. Les industries durent s’adapter et bon nombres d’entre elles durent tout simplement fermer où se voir acheter par d’autres compagnies qui relocalisèrent les effectifs. La Belding Corticelli eut le bonheur de ne pas passer sous le pic des démolisseurs et fut récemment convertie en habitations. Une excellente récupération du patrimoine industriel qui devrait être imitée plus souvent. Pour admirer ce splendide bâtiment, prenez Notre-Dame en direction ouest et tournez à gauche sur des Seigneurs, après une légère courbe vous aboutirez sur le petit pont Des Seigneurs et appercevrez l’édifice de l’autre côté du canal à gauche.


En prime, si vous allez dans le quartier chinois à Montréal, promenez-vous sur de la Gauchetière entre Saint-Laurent et Saint-Urbain et portez attention aux murs. Avec un peu de chance vous appercevrez ceci:


17 novembre 2010

On pompe!

Au cours du 19è siècle Montréal connut son lot d’inondations qui survenaient généralement au printemps avec la fonte des embacles sur le fleuve. A cette époque, il faut croire que monsieur le fleuve avait ses sautes d’humeur et que les pauvres résidents des secteurs avoisinant ses rivages devaient en faire les frais. Un quartier plus que tout autre se trouvait particulièrement touché à chacune de ces inondations: Griffintown.

La communauté irlandaise qui peuplait largement ce quartier vivait dans un état permanent de grande pauvreté. Peu de maisons de Griffintown étaient équipées de toilettes intérieures, si bien que chaque inondation transformait littéralement le quartier en un gigantesque égoût à ciel ouvert. Il fallut attendre 1887 pour que la Ville se décide à prendre les grands moyens afin d’erradiquer ce très sérieux problème. En effet, le refoulement apportait avec lui tout ce qu’il fallait pour gravement contaminer les gens avec des maladies infectueuses. Rien de bien plaisant, avouons-le.

Alors que se passe t-il en 1887?

Pour mieux le comprendre, reculons d’une année. Le 18 avril 1886, plus exactement. En cette journée, l’eau du fleuve alla inonder jusqu’au square Victoria. Imaginez Griffintown…!


La photo ci-haut nous montre dans quel état se trouvait les environs du square Chaboillez le 18 avril 1886. Le bâtiment que l’on apperçoit au milieu est la gare Bonaventure, emplacement occupé aujourd’hui par le Planétarium Dow. On peut facilement se rendre compte que les inondations de l’époque, c’était du sérieux! Toujours est-il que la Ville prend les grands moyens et décide non seulement de mettre en place des digues mais entreprend également de construire deux stations de pompage qui auront la tâche de refouler les caprices du fleuve.

Aujourd’hui il existe trois témoins de cette fameuse inondation; le premier se situe sur l’édifice Allan, rue de la Commune Ouest au point de rencontre des rues Saint-Pierre et d’Youville. A droite de la porte principale, vous appercevrez ceci gravé dans la pierre:


Le deuxième témoin est la station de pompage Craig. Il est extraordinairement facile à localiser puisque c’est le vétuste bâtiment situé presque sous le pont Jacques-Cartier entre les voies Est et Ouest de la rue Notre-Dame. Vous l’aurez certainement apperçu à plusieurs reprises en passant par là en vous demandant peut-être pourquoi on ne le démolissait pas. Eh bien, souhaitons que non. Si vous roulez en direction est, remarquez l’année "1887″ gravée en grosse lettre au côté inférieur gauche.




Le troisième témoin est l’autre station de pompage, la station Riverside. Un peu plus petite, elle se trouve à l’est de l’autoroute Bonaventure. Comme sa soeur, la station Craig, elle a eu également le bonheur de ne pas avoir été démolie.



13 novembre 2010

Livret de recette Heinz

Heinz est une marque de commerce, bien entendu, mais c'est aussi le nom de la compagnie qui existe depuis 1869 et qui fut fondée par Henry John Heinz à Sharpsburgh en Pensylvannie. Ce n'est toutefois qu'en 1909 que la compagnie vint s'établir au Canada dans une ancienne usine de tabac à Leamington en Ontario.


C'est lors d'une petite visite dans une brocante  que je me suis laissé tenté par un vieux livre de recette de cette compagnie. Etant ancien graphiste de formation c'est toujours agréable de regarder ces vieilles publications réalisées à une époque où Photoshop n'existait pas. Ce qui est tout de même particulier avec ce livre c'est qu'en dépit de sa date de parution, soit 1938, il est pratiquement comme neuf. Hormis quelques photographies, l'essentiel de ce livret a été illustré à la main. Les pages centrales nous offrent un apperçu des 57 produits fabriqués par Heinz, d'où la présence, notamment sur les bouteilles de ketchup, du chiffre 57. 


Cliquer pour agrandir


Cliquer pour agrandir



Cliquer pour agrandir

10 novembre 2010

Melchers en 1955


Cliquer pour agrandir

Voici une pub de whisky qui nous ramène en 1955 alors que Louis Saint-Laurent est premier ministre du Canada et que le Québec est sous la gouverne de Maurice Duplessis. C'est l'année où Maurice Richard est suspendu par Clarence Campbell, décision qui provoquera les fameuses émeutes. 

Melchers est une distillerie qui s'en donnait à coeur joie dans la fabrication du whisky, une boisson très appréciée dans les années 50. Melchers avait ses bureaux administratifs à Montréal sur le chemin de la Côte de Liesse mais l'usine de fabrication était située quant à elle à Berthierville.  J'ai tenté d'en savoir davantage sur Victor Marchand (son titre d'honorable indique qu'il a probablement été politicien) mais mes recherches ont été infructueuses, malheureusement. 



Quant à la publicité elle s'inscrit dans le courant classique de l'époque, à savoir une description très flatteuse du produit et une illustration représentant des gens en apparence très distingués, quoiqu'ici ladite représentation (à la gouache) frôle quelque peu la caricature puisque les trois protagonistes, qui semblent très jeunes, ont été bizarrement vieillis (surtout celui à droite avec ses tempes grises mais avec une peau juvénile). 

Dans sa composition toutefois, tout est bien étalé, clair et disposé de façon à ce que chaque élément ne vienne pas gêner ses voisins. La couleur claire utilisée pour le fond rend l'ensemble agréable à regarder. Toutefois l'ensemble de cette publicité aurait été mieux servi avec une photo plutôt qu'une illustration. Melchers n'existe plus au Québec depuis des lustres.

Mise à jour: Un lecteur prénommé Nicolas a trouvé de l'information supplémentaire sur Victor Marchand, information qu'il m'a fait parvenir sous forme de commentaire mais que je rajoute ici. Donc, Victor Marchand était membre du parlement et les lettres M.L.C. veulent dire "Member of Legislative Council". On peut en apprendre davantage sur lui en visitant la page qui lui est consacrée sur le site de l'Assemblée Nationale. Un gros merci encore à Nicolas pour cette trouvaille.

7 novembre 2010

Le dernier crampon

Nous sommes le dimanche 7 novembre 1885. Au travers les forêts de la Colombie-Britannique s'élève un nuage de fumée. Ce n'est pas un incendie mais bien une locomotive qui avance poussivement vers un petit coin perdu du nom de Craigellachie. A bord du train se trouve William Van Horne, corpulent personnage plus grand que nature et directeur-général du Canadien Pacifique. Van Horne est un bon vivant qui aime bien fumer des cigares, prendre un bon verre et manger comme un ogre mais ce matin-là il est quelque peu bougon et on se demande bien pourquoi, après tout, si l'on se rend à cet endroit précis de la ligne c'est pour y célébrer la pose du dernier crampon!

Bon, attendez. Vous vous demandez sûrement c'est quoi ce truc de dernier crampon. Eh bien voilà, quand on termine une ligne de chemin de fer on célèbre l'évènement en faisant une cérémonie autour de l'endroit où l'on enfonce le dernier crampon. Un crampon est un genre de gros clou qui sert à fixer un bout de rail au montant de bois situé en dessous.

La pose du dernier crampon est généralement quelque chose de grandiose prétexte à une grande célébration. Aux États-Unis par exemple, quand le chemin de fer transcontinental américain s'est terminé le 10 mai 1869 on avait fait confectionner un crampon par un bijoutier et les cloches d'églises partout aux Etats-Unis se sont mises à sonner lorsque l'annonce fut faite par télégramme et les gens ont fêté et dansé dans la rue.

Mais Van Horne est un type qui n'aime pas les cérémonies, fastidieuses ou pas. A bord du train il fume son cigare tout en regardant par la fenêtre de la voiture. Le train s'arrête afin de faire le plein de charbon et d'eau et les passagers en profitent évidemment pour se dégourdir un peu. Van Horne se fait alors apostropher par un reporter avide de renseignements. Van Horne perçoit ce type comme un moustique et prend une grande inspiration avant de lui répondre que ce voyage n'a rien à voir avec l'inauguration de la ligne, qu'il ne s'agit que d'une banale inspection avant l'hiver. Il ajoute qu'il ne sait pas qui enfoncera le dernier crampon, Tom Mullarky ou Joe Tubby, possiblement et la seule cérémonie qu'il prévoit est de maudire le contremaître pour ne pas enfoncer ce foutu crampon plus vite. Il n'y aura pas de célébration ni de fli-fli ou de fla-fla. Point à la ligne. Le reporter reste là, complètement béat et tente de scribouiller dans son calepin du mieux qu'il peut ce que Van Horne vient de tonner. Et le train repart ensuite pour Craigellachie.

Sur place tout le monde descend et se dirige vers un point précis de la voie. Un photographe s'installe avec tout son attirail afin d'immortaliser l'évènement. Van Horne prend place près de la voie, près de lui s'installe également Sanford Flemming. Puis, apparaît un homme d'apparence frêle avec une barbe blanche et coiffé d'un chapeau haut-de-forme. Dans les mains il tient le genre de marteau dont on se sert pour enfoncer les crampons et c'est cet homme qui enfoncera le dernier. Son nom: Donald Alexander Smith, l'un des fondateurs du Canadien Pacifique et vice-président de la Banque de Montréal.

Smith s'approche, vise le crampon, et rate son coup, pliant le crampon. On en place immédiatement un nouveau et cette fois le coup enfonce le crampon profondément. Survient un silence alors que tous réalisent que c'est fait. C'est terminé. Puis, tous s'exclament bruyamment et se taisent quand Van Horne prend la parole et dit alors que tout le travail, dans tous ses aspects, a été bien fait.

Bien que le dernier crampon ait été posé en cette froide matinée de novembre, le voyage inaugural n'eut lieu que l'année suivante quand un train partit le 28 juin à huit heures du soir de la gare Dalhousie pour joindre Port Moody le 4 juillet suivant.

La photo ci-haut nous montre le moment historique ou Smith, avec sa barbe blanche, enfonce le crampon. A sa droite avec une barbe noire taillée se trouve Van Horne qui semble vouloir dire à Smith de se dépêcher. Entre Van Horne et Smith, un peu derrière, on reconnaît Sanford Flemming, celui qui avait fait les premiers tracés d'un chemin de fer dans l'ouest canadien. A l'opposé de Smith avec sa barbiche noire se trouve James Ross, celui qui fut en charge de la construction dans les Rocheuses. Et, à gauche de la photo, celui tenant une barre de fer et observant attentivement le coup porté par Smith n'est autre que le fameux major A. B. Rogers dont le nom fut donné à un passage dans les Rocheuses: Rogers Pass. Personnage excentrique s'il en fut un.

La gare Dalhousie existe toujours dans le Vieux-Montréal et abrite aujourd'hui le cirque Eloize. Aux côté du bâtiment on peut y voir une installation de voies ferrées ainsi qu'une plaque commémorant le voyage inaugural de 1886, rappelant la vocation ferroviaire de l'endroit.

Quant à l'endroit où l'on a posé le dernier crampon à Craigellachie, il s'agit d'une destination touristique le long de l'autoroute transcanadienne et on peut y admirer un monument rappelant l'importance de l'évènement qui se déroulait il y a très exactement 125 ans aujourd'hui. 


Ce qu'il y a d'extraordinaire dans toute cette histoire c'est que la réalisation de ce chemin de fer avait maintes fois été considérée comme impossible. En 1875 le premier ministre Alexander Mackenzie avait dit que même avait tout l'argent et les travailleurs du pays une ligne intercontinentale ne pourrait jamais être construite en dix ans. Faut dire aussi qu'a l'époque la construction d'un chemin de fer a mari usque ad mari était à peu près l'équivalent du CHUM d'aujourd'hui; quelque chose qui ne verra jamais le jour. Et les difficultés d'alors étaient titanesques; les montagnes rocheuses n'étaient que très peu cartographiées et des hommes devaient affronter les rigueurs du climat afin de découvrir et étudier le terrain dans des conditions de misère. Il y avait des éboulis, des ravins profonds et de la roche si dure que même la dynamite n'en venait pas à bout. Et pendant que Van Horne poussait la construction le président de la compagnie, George Stephen, parvenait à trouver de l'argent là où il n'y en avait pas alors que Thomas Shaughnessy tenait les créanciers à distance tout en payant des fournisseurs presqu'à crédit. Mais voilà qu'en ce matin de novembre 1885 l'Histoire venait d'être écrite et l'impossible avait été accompli.

31 octobre 2010

Petit spécial de l'Halloween


Vous vous souvenez sûrement de ce jour, où, en creusant à la Pointe-à-Callières, on a retrouvé les vestiges du premier cimetière de Montréal, alors appelée Ville-Marie. C'était là un tout petit cimetière de rien du tout, et pour cause puisque la population n'était pas très très nombreuse à cette époque. Mais elle l'est devenue avec les années alors que Montréal se développait de plus en plus et ce faisant, on a dû aménager des cimetières qui pouvaient accomoder ladite population.

Prenons par exemple l'église Notre-Dame, dans le Vieux-Montréal. Cette dernière, qui attire bon an mal an un bon nombre de visiteurs par année ne fut pas la première église de ce nom situé à cet endroit. Lors de travaux archéologiques en 2006 on a retrouvé les vestiges d'un cimetière alors attenant à l'ancienne église Notre-Dame. Ce cimetière, vraisemblablement ouvert en 1683 fut agrandi en 1734, démontrant d'ores et déjà un besoin grandissant d'espace. 

En 1795, il est décidé de ne plus inhumer les corps dans le cimetière et celà, pour des raisons de santé publique. Il faut donc trouver un autre terrain, plus grand celui-là, à l'extérieur de la ville. Et ce terrain on le trouve dans le Faubourg St-Antoine. Et voilà, se dit alors la Fabrique de l'église Notre-Dame, une bonne affaire de faite.
Enfin, le croyait-on.

La Fabrique avait malheureusement sous-estimé la rapidité à laquelle Montréal se développait et s'agrandissait à travers les nombreux faubourgs et bientôt le cimetière fut littéralement coinçé au milieu de plein d'habitations. On prétendra que les occupants du cimetière ne sont pas des voisins bien bruyants mais bon, ce n'est pas tout le monde qui veut avoir un cimetière à côté de chez lui. Encore une fois la Fabrique de l'église Notre-Dame doit trouver un nouvel espace plus grand. Autre temps même problème, dira t-on.


Le nouveau cimetière fut aménagé en 1854 sur d'immenses terres qui furent données par le docteur Pierre Beaubien dont la famille possédait d'autres terres en bordure de la montagne. Quant à l'ancien cimetière on songe à lotir le terrain et d'en vendre les lots afin qu'ils puissent être développés et pour ça on commençe à procéder au déménagement du cimetière, ce qui veut dire que l'on ne déménageait pas seulement les pierres tombales mais aussi ce qui se trouvait en-dessous.

Un instant, dit le docteur Phillip Carpenter qui dirigeait la Sanitary Association. Parmis les gens enterrés il y s'en trouvait qui étaient décédé des suites de choléra. Et s'il se trouvait quelque chose que le docteur et son association craignaient comme la peste c'était une épidémie de choléra déclenchée par l'exhumation de gens qui en étaient morts. On arrêta donc le sinistre déménagement et le cimetière fut transformé en parc public, que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de square Dominion, celui-là tout juste à côté de la cathédrale Marie-reine-du-Monde où trône la statue de MacDonald. Donc, si vous travaillez dans le secteur et qu'il vous arrive d'y aller sur l'heure du dîner alors vous lunchez dans ce qui est essentiellement un cimetière puisqu'il s'y trouve encore plein de gens qui y reposent toujours.

Parlant d'endroits pour se reposer. Connaissez-vous le parc des Vétérans? C'est un charmant petit parc situé sur la rue Papineau près de l'entrée du pont Jacques-Cartier et bordé par la rue Lafontaine. Eh bien il s'agit encore ici non pas de un mais de deux cimetières protestants, l'un civil et l'autre militaire qui furent utilisés entre 1816 et 1869. Encore une fois, le déménagement ne fut que partiel puisque un inventaire archéologique tout récent a permis de découvrir une quantité appréciable de restes humains sous le parc. D'ailleurs, l'un de ces occupants ne serait autre que le patriote Charles Hindelang qui fut pendu en 1839 à la prison du Pied-du-Courant. Ce cimetière fit lui aussi l'objet d'un déménagement à la fin des années 40 et les corps furent acheminés vers le cimetière de Pointe-Claire.

Pour conclure cet article de ce jour de l'Halloween, j'ai pensé glisser une petite histoire concernant ceux qui sont passés de vie à trépas et de quelle façon leur dernier repos de certains d'entre eux n'en était pas réellement un et qui nous a donné une expression fort populaire que l'on utilise encore aujourd'hui.


En Europe, il y a de celà bien longtemps, on s'est retrouvé avec un épineux problème d'espace pour enterrer  les morts. Les cimetières débordaient. On a alors élaborer un système relativement efficace mais un tantinet macabre pour solutionner le problème. Ainsi, quand une personne décédait, on allait dans le cimetière et on exhumait un vieux cercueil duquel on en sortait le locataire, très certainement à l'état squelettique, pour l'entreposer dans un bâtiment adjacent appelé "bonehouse", ou la maison des ossements. Le cercueil alors "libre" pouvait alors accueillir un nouvel occupant. C'était un truc qui à priori semblait bien fonctionner et de toute évidence le problème de surpopulation des cimetières était résolu. 

Du moins c'est ce que l'on croyait.

C'est qu'un jour, en ouvrant un de ces cercueils pour en extirper le corps, on découvrit que non seulement celui-ci n'était pas dans sa position originale mais qu'il se trouvait sur le couvercle intérieur de longues traces visiblement faîtes par le pauvre infortuné qui fut malencontreusement enterré vivant. Quelle horreur!!


Pour remédier au problème on mit au point un système très simple qui consistait en une petite corde à l'intérieur du cercueil reliée à l'extérieur à une petite cloche. Advenant qu'un pauvre malchanceux se réveillerait dans un tombeau, il ne lui suffirait que de tirer sur la corde pour aviser quelqu'un en haut qu'il fallait le sortir de là au plus vite. Et justement, ce quelqu'un en haut était un type qui passait la nuit assis sur une chaise et qui, faisant sans aucun doute dans son froc, surveillait le cimetière, au cas où surgirait ici où là le bruit d'une clochette. S'il l'entendait alors il s'empressait d'aller chercher de l'aide afin de secourir le pauvre type enterré par erreur. C'est de ce travail de surveillant dans un cimetière la nuit que vint l'expression anglaise "graveyard shift". Aussi, lorsque quelqu'un était sorti d'un cercueil, on disait de lui qu'il avait été sauvé par la cloche.

24 octobre 2010

La légende de Mary Gallagher

Vers la fin du siècle dernier avait lieu à Montréal, dans le quartier Griffintown, l'un des meurtres les plus sordides de son histoire: l'assassinat sauvage de Mary Gallagher. Cette histoire dont le procès a été largement médiatisé dans les journeaux de l'époque a acquis au fil des années un statut quasi légendaire, surtout depuis l'apparition présumée de son fantôme à l'endroit où elle fut assassinée, cherchant selon certains témoins, à retrouver sa tête.

Je ne m'attarderai point ici à ces prétendues apparitions spectrales qui, je le crois bien, appartiennent davantage au folklore qu'a la réalité, et c'est cette réalité que j'explorerai ici avec vous. Toutefois, je tiens à avertir tous et chacun que les détails de ce crime pourraient certainement en rendre plus d'un mal à l'aise. La discrétion du lecteur est donc ici fortement avisée.

Qu'en est-il donc de cette histoire?



Nous sommes le vendredi 27 juin de l'année 1879 dans le quartier Griffintown, au 242 de la rue Williams près de la rue Murray. Helen Troy est une veuve qui habite avec son fils de 13 ans John le rez-de-chaussé de la maison en délabre et loue le deuxième étage de la maison à un couple; Susan Kennedy et Jacob Myers (mais donc le véritable nom de famille est Mears). Les deux appartements partagent la même porte d'entrée ainsi que la même adresse.

Il est quelque peu passé midi quand Helen Troy entend du vacarme en haut. Ce n'est pas la première fois que ça se produit car Susan Kennedy qui habite là est réputée pour prendre un coup solide de temps en temps et d'avoir durant ces moments tout un caractère. Mais cette fois il y a quelque chose de différent, surtout lorsqu'un bruit sourd survient, quelque chose vient de tomber sur le plancher avec une telle force que le plâtre du plafond se brise à deux endroits différents. Ce n'est pas le bruit que ferait un meuble ou de la vaisselle mais bien celui d'un corps. Puis, pendant une dizaine de minutes se fait entendre le bruit caractéristique de quelqu'un qui fend du bois.
Pour Helen Troy s'en est de trop et elle quitte sa maison pour aller directement au poste de police situé non loin au square Chaboillez où elle raconte le tout.
Le constable Neal McKinnon effectue sa patrouille à pied lorsqu'il apperçoit un attroupement devant le 242 William. La rumeur qui courait dans tout Griffintown à ce moment-là était qu'un meurtre venait d'y avoir lieu. Pour McKinnon pas question d'entrer là-dedans tout seul et il s'enjoint deux autres policiers soit les constables Reilly et Bélanger. Ils arrivent devant la maison, se frayant un chemin et montent à l'étage afin de savoir ce qui s'est réellement passé.
Ce qui les attend n'est rien de moins qu'une vision d'horreur à glaçer le sang même des plus endurcis.
Là, sur le plancher de la cuisine tout près d'un poêle, git le corps décapité d'une femme presque nue et dont la tête, déposée dans un sceau tout près, semble les regarder directement de ses yeux encore ouverts. Au sol, une mare de sang s'étend sur presque toute la largeur de la cuisine qui faisait presque 16 pieds. La vicitime est initialement identifiée faussement sous le nom de Kate Conway mais on établira par la suite qu'il s'agit bel et bien de Mary Gallagher.
L'insoutenable scène est telle que les policiers doivent combattre un épouvantable sentiment de nausée. Dans la pièce d'en avant, étendue sur le lit ils trouve une femme qu'ils identifient comme Susan Kennedy, celle qui loue le misérable deux pièces avec son mari Meyers. Kennedy porte plusieurs couches de vêtements qui sont tous maculés de sang. Kennedy est visiblement sous l'effet de la boisson et les policiers la réveillent. Celle-ci dément formellement être responsable du meurtre et accuse plutôt un capitaine qui aurait quitté les lieux depuis un bout. On procède néanmoins à son arrestation et on l'emmène directement au poste de police situé sur la rue Young. On procède également à l'arrestation de Michael Flanagan, lequel s'était trouvé sur les lieux ainsi que du mari de Susan Kennedy, Jacob Meyers.
La nouvelle du meurtre fit l'effet d'une bombe dans les journeaux de Montréal et partout en ville on ne parla que de cette affaire.

La scène du crime fut visitée en soirée par le chef de la police de Montréal Hercule Paradis accompagné du détective Cullen et ils trouvèrent sur place une hache pleine de sang et de morceaux de cheveux, vraisemblablement celle qui avait servi à tuer la pauvre infortunée. Aussi invraisemblable que celà puisse paraître le corps était toujours sur place et on peut (mais préférablement pas) s'imaginer l'odeur épouvantable qui devait règner car, faut-il le rappeler, on
était en pleine été. Le corps de Mary, ainsi que sa tête et sa main, fut laissé sur place jusqu'au lendemain où le coroner, un certain James John Guérin alors fraîchement diplômé de la Faculté de Médecine de l'Université McGill, vint dès dix heures au matin procéder à l'autopsie du corps.
Une fois l'examen du corps terminé il fut emporté au cimetière Notre-Dame-des-Neiges où il fut vulgairement enterré dans une fosse commune sans autre cérémonie et sans même avoir été béni, ce que le prêtre qui s'était rendu à la maison sur la rue William, un certain Patrick Quinlivan, avait refusé de faire.
Le procès avec jury débuta le mardi 30 septembre au Palais de Justice de Montréal. Il faut noter ici qu'il s'agit du bâtiment situé sur le côté sud de la rue Notre-Dame tout juste à côté de l'Hôtel-de-Ville.
Agissant pour la Couronne, Me Bernard Devlin alors que la défense de Kennedy fut assuré par Me Donald McMaster et Me James Greenshields. Présidant le tout, le juge Samuel Cornwallis Monk.
Le juge Monk
(Crédit photo: Musée McCord)

Pour la Couronne l'assassin n'était nul autre que l'accusée Susan Kennedy alors assise dans le box des accusés. Les témoins furent questionnés et transquestionnés (terme de l'époque connu aujourd'hui sous le nom de contre-interrogatoire) par les avocats Devlin, McMaster et Greenshields.
Le procès prit fin le mercredi 1er octobre. Le jury n'était pas initialement parvenu initialement à s'entendre sur le verdict mais y parvint finalement et déclara Susan Kennedy coupable d'avoir tué Mary Gallagher. Le juge Monk annonça alors à la condamnée qu'elle serait pendue jusqu'a ce que mort s'en suive le 5 décembre.
Le vendredi 3 octobre, toujours sous la présidence du juge Monk mais avec un nouveau jury, eut lieu le procès de Michael Flanagan que l'on finit par déclarer non-coupable et Flanagan put sortir du Palais de Justice en homme libre.
La peine de mort prononcée contre Kennedy fut subséquemment commuée en peine de prison et on la transfèra dans un pénitencier de Kingston. Certaines sources racontent qu'elle sortit de prison quelques 16 ans plus tard mais Kennedy décèda le 27 juillet 1890, possiblement de la tuberculose.
Quant à Michael Flanagan, qui avait été acquité de toute participation au meurtre de Gallagher, un destin presqu'irréel lui fut réservé. En effet, alors qu'il était affairé à charger un bateau sur les abords du canal Lachine, il perdit pied et se heurta la tête sur le bord du bateau pour ensuite tomber à l'eau. Il fut enterré le jour suivant au cimetière Notre-Dame-des-Neiges. On peut certainement se demander ce qu'il y a de si réel au fait qu'il se soit tué accidentellement. 

En fait, ce n'est pas la façon dont il est décédé qui frappe l'imagination mais bien la date: 5 décembre 1879. C'était la date exacte à laquelle Susan Kennedy devait monter sur la potence pour y être pendue. A l'époque cet accident avait fait dire aux gens que le fantôme de Mary Gallagher s'était rendu justice en punissant le véritable coupable, ce qui ne manqua pas d'apporter à cette histoire une trame surnaturelle qui ne manqua certainement pas d'exciter les gens. D'ailleurs, nombreux seront ceux qui affirmeront sur leur honneur avoir apperçu le fantôme sans tête de Mary.
Une recherche sur le site du Cimetière Notre-Dame-des-Neiges m'a permis de savoir quand fut accueilli le corps de Flanagan mais aussi son emplacement. Sur place, malgré la carte, je n'ai pas trouvé sa sépulture. Meilleure chance la prochaine fois?
Au moment d'écrire ces lignes il s'est passé exactement 131 ans depuis ce drame et encore aujourd'hui je crois qu'il y a certainement lieu de se demander si le procès a permis de véritablement faire toute la lumière sur cette ténébreuse affaire.
Susan Kennedy a répété durant le procès que le véritable meurtrier était un capitaine de navire qu'elle avait laissé s'enfuir parce qu'il était, disait-elle, un beau garçon.
La première personne à voir la scène du crime le 27 juin 1879 fut John, le fils d'Helen Troy, la veuve qui habitait en bas et qui louait le deuxième à Myers et Kennedy. Celui-ci dit qu'il avait vu deux hommes; un étendu sur le lit près de Kennedy (possiblement Flanagan) et un autre endormi sur la table de cuisine. Pourtant John (possiblement à cause de son jeune âge) ne fut pas appellé comme témoin et il est possible que son témoignage aurait été certes important.
Alors qui était cet homme endormi sur la table de cuisine? Etait-ce ce capitaine de navire dont Kennedy parlait? Aurait-il lui-même tué Mary? D'un côté le coroner Guérin affirma que les coups de hache manqués ne faisaient aucun doute que la victime avait été tuée par une femme car aucun homme n'aurait pu faire celà de façon aussi malhabile. Guérin ajouta que Gallagher avait été rendue inconsciente à la suite d'un coup très solide au visage. En effet, dit-il, les os du nez étaient non seulement cassés mais complètement écrabouillés dans le crâne. Kennedy n'aurait pu faire celà elle-même sans aide.
Quant au chef de police, Hercule Paradis qui avait lui-même visité la scène du crime le 27 juin dans la soirée et interrogé Kennedy, il affirma que Gallagher était une femme physiquement forte et qu'il aurait été impossible pour Kennedy de tuer Gallagher toute seule.
Comme on peut le voir, on peut certainement se rendre compte qu'il demeure dans cette affaire bien des questions en suspend. A t-on condamné la mauvaise personne? Aurait-on dû forcer Kennedy à dévoiler l'identité de ce fameux capitaine dont elle ne cessait d'en imputer le crime? Est-ce que Flanagan était aussi innocent dans cette histoire qu'il le prétendait? Car, faut-il l'avouer, la Cour ne put se baser que sur le témoignage de Flanagan. Est-ce que l'étude des empreintes digitales (technique qui n'existait pas en 1879) aurait permis d'en savoir davantage sur l'assassin?
Maintenant qu'en est-il de l'endroit où le crime eu lieu?
Mary Gallagher fut assassinée, tel que l'on a pu le voir, au 242 de la rue William, près de Murray. Son emplacement peut varier d'un article à l'autre. Selon certains, la maison était tout juste au coin sud-ouest de l'intersection Williams et Murray. Toutefois, une consultation dans l'Atlas des rues de Montréal nous apprend que le 242 William n'était pas au coin de Murray mais se trouvait plutôt à être la deuxième maison à l'est en partant de Murray.

De plus, le plan du deuxième étage de la maison, réalisé et produit en Cour par l'architecte George Glackmeyer démontra qu'il y avait deux fenêtres à l'avant et deux à l'arrière mais aucune sur le côté.
Qu'en est-il donc aujourd'hui? Il n'y a plus de maison et l'endroit est aujourd'hui un stationnement. mais en regardant attentivement on peut se rendre compte que les fondations originales sont toujours visibles sous l'asphalte du terrain. Sur place, on ne peut que constater que l'endroit où vivait Kennedy était très petit, surtout en imaginant la division séparant la chambre de la cuisine. Comment diable Flanagan n'a rien apperçu en sortant est assez surprenant en soi.

L'emplacement approximatif du lieu du meurtre vu des airs. 

L'emplacement approximatif, encore une fois, mais vu du trottoir. Les fondations sont visibles. Ajoutez dans cet emplacement l'escalier, la chambre et la cuisine et vous avez une idée de la grandeur de l'appartement.


Je serais néanmoins très curieux de savoir quelle serait l'issue d'un tel procès s'il aurait eu lieu aujourd'hui mais une chose est certaine, je crois que cette histoire restera toujours nébuleuse et que bien des questions demeureront sans réponses. Aussi, pour ceux que celà pourrait intéresser, voici une transcription que j'ai faite du procès à partir des articles de La Minerve.


Première nouvelle de l'assassinat de Mary Gallagher (qui fut faussement identifiée au début comme étant Kate Conway) tel que décrit dans La Minerve, édition du 28 juin 1979.

Au No. 242, rue Williams, de cette ville, habite un nommé Jacob Myers, dont la femme avait pour compagne Suzanne Kennedy, agée de 30 ans environ, d'origine américaine. D'une stature colossale et adonnée à la boisson, Susanne Kennedy passait une partie de la journée en société de la femme Myers.

Vers dix heures, ce matin, les voisins entendirent une discussion suivie de la chute d'un corps et des coups frappés sourdement. Dans la soirée les voisins intrigués de ne point voir sortir les deux amies, eurent l'idée d'entrer dans la demeure et ils se trouvèrent en face d'un spectacle horrible. Kate Conway alias McCormick, épouse de Jacob Myers, était étendue sur la plancher, baignant dans son sang.

Spectacle horrible: le cadavre était décapité et la tête ainsi qu'un des poignets gisaient à quelques pas dans une cuvette.

La police immédiatement avertie par M. Hartford, se transporta sur les lieux et opéra à l'arrestation de Suzanne Kennedy qui, en arrivant à la station de police de la rue Young, fut fouillée on constata qu'elle portait sur elle un grand nombre de vêtements, dont la plupart étaient tachés de sang.

Les détectives firent, pendant ce temps, des perquisitions dans la chambre de la victime et apperçurent les traces d'une lutte. Ils trouvèrent enfoui dans un coffre l'instrument qui avait servi à commettre l'assassinat. C'est une petite hache ordinaire, que nous avons vu et qui était toute couverte de sang. Des débris de chair ainsi que des cheveux y adhéraient encore.

Quand on est venu pour s'emparer de la prisonnière, elle était couchée ivre mais elle avait cepandant essayé de laver le sang qui innondait le plancher. Lorsque rendu à la station on a voulu la fouiller, comme nous l'avons dit précédemment, elle se défendit avec vigueur et c'est avec beaucoup de peine que l'on y réussit.

Suzanne Kennedy est une femme de grande taille, fortement constituée, et de plus, très brutale. L'appartement où s'est commis le crime ne portait plus de trace de la lutte, qui n'a pas dû être bien longue car la victime était âgée de 60 ans et bien affaiblie. Le cadavre avait sur la figure des traces de coups et un des bras brisé en deux endroits.

On prétend dans le voisinage que Kate Conway et Suzanne Kennedy étaient adonnées à la boisson et qu'elles avaient coutume de se quereller souvent.

Ce matin, à 8 heures, doit avoir lieu l'enquête, et nous tiendrons nos lecteurs au courant de cette terrible affaire. Nous ne voudrions pas oublier de mentionner dans ce rapport la courtoisie avec laquelle le chef de la police M. Paradis nous a accueilli, ce matin, à 3 heures, quand nous avons eu connaissance de ce crime et que nous sommes rendus à la station de la rue Young. Le détective Cullen ainsi que les hommes de police voudront bien agréer nos
remerciements pour la manière dont ils se sont mis à notre disposition afin de nous donner tous les renseignements possibles.

Mardi 30 septembre 1879, le procès continue

Présidence de l'Hon. Juge Monk, MM Archambault, C.R., et Devlin, C.R., représentent la Couronne. Suzanne Kennedy est amenée à la barre pour répondre à l'accusation de meurtre.

La déposition du constable McKinnon se résume à ceci: Il fait la description de la découverte du corps de la victime et dit qu'il a trouvé la prisonnière [Susan Kennedy] soit ivre ou endormie dans la chambre sur le devant de l'habitation. J'ai réveillé la prisonnière, dit-il, et je lui ai demandé qui avait tué la femme; elle me dit que c'était l'homme qui était venu avec elle le matin et qu'elle désirait lui donner une chance de s'échapper vu que c'était un joli garçon. Après l'arrestation de Flanagan, elle déclara que ce n'était pas lui qui avait commis le crime, mais que c'était un autre homme qui était entré. Elle portait beaucoup d'habits sur elle et tous étaient saturés de sang. L'agent de police Cullen avait fait déshabiller la prisonnière. Quand elle fut menée à la station, elle était dans un état de surexcitation nerveuse par suite de la boisson.

Transquestionné (aujourd'hui on dirait plutôt contre-interrogé) par M. Greenshields: Le témoin dit que Susan Kennedy lui conta une histoire quand il l'arrêta et ensuite une autre différente à la station. Le détective Cullen rapporte ce qui suit qui lui a été dit par la prisonnière:

L'homme qui avait tué Mary Gallagher était celui qui l'accompagnait à sa rentrée le matin. Cet homme avait fourni l'argent pour acheter deux bouteilles de whiskey. La prisonnière avant de sortir pour acheter la seconde bouteille de whiskey, lui avait demandé de l'argent pour acheter des pommes. Il lui en donna. La femme Kennedy dit que tout ce qu'elle savait de l'individu venu le matin, c'est qu'il avait un couteau à manche blanc. Il (le policier Cullen) trouva une hache pleine de sang dans un coffre dans la chambre à coucher. La défunte n'avait pas beaucoup d'habits sur elle, mais rendu à la station, Cullen trouva que la prisonnière en avait trop. Il fut obligé de se faire assister par deux hommes pour la déshabiller, ses habits étaient pleins de sang.

Les hardes [vêtements] sont ici produits et identifiés par le déposant. Elle dit au détective qu'elle avait essuyé le sang de peur qu'il ne traverse le plafond. Il y avait du sang sur le mur et dans le lit de la chambre à coucher. Il y avait aussi quatre incisions dans le plancher à l'endroit où la tête avait été coupée.

Le docteur Guérin, ici présent, dit en réponse à un juré, que la tête avait toutes les apparences d'avoir été tranchée par une personne maladroite. La déposition de Catherine MacCarthy, femme de John Driscoll, se résume dans son identification des habits de la victime. Elle a reconnu tous les vêtements qui lui ont été présentés pour les avoir vus sur Mary Gallagher. Tous ces vêtements on été trouvés sur Suzanne Kennedy. Le témoin était l'amie intime de l'accusée. Elle ajouta que le chapeau porté en Cour par la prisonnière appartenait à la défunte. Cette dernière phrase provoqua un démenti formel de la part de l'accusée.

Suite du procès rendu le jeudi 2 octobre 1879:

Après les plaidoyers, Son Honneur le juge Monk commence sa charge aux petits jurés. L'Honorable Juge dit qu'il est à peu près assuré que les jurés ont déjà plus ou moins formé leur opinion, car tous les faits de la cause leur ont été soumis par l'avocat de la Couronne avec une rare habileté et d'une autre côté, l'avocat de la défense qui était reconnu comme possédant de grands talents et beaucoup de science du droit criminel n'avait rien négligé pour faire valoir tout ce qui pouvait être favorable à sa cliente.

Les jurés, comme le juge sur le Banc, doivent mettre de côté tout ce qu'ils ont pu avoir entendu dire et oublier toute impression venant du dehors et ne s'occuper que de la preuve telle que présentée par l'un ou l'autre côté.

Les jurés ont d'abord à se demander si un crime a été commis. Mary Gallagher a t-elle été mise à mort à Montréal, dans une certaine maison de la rue williams, le 27 juin dernier?

Une enquête du coroner a eu lieu et un verdict de coupable de meutre (sic) a été rendu contre la prisonnière; un nommé Flanagan et le nommé Jacob Myers. Le mari de la défunte a été entendu comme témoin et a reconnu et identifié le cadavre comme étant delui de son épouse.

La preuve du corpus dilecti est donc complète et il est certain qu'un crime a été commis. Le témoignage des médecins viennent encore ajouter à celà et il n'y saurait y avoir de doutes sur ce point.

Un meurtre a été commis et l'état du cadavre démontre que l'on s'est rendu coupable de la plus grande férocité. On pourrait maintenant se demander ce que c'est qu'un meurtre? Mais le savant juge ne croit pas devoir entrer dans les détails d'une longue définition et croit que les jurés savent à qui s'en tenir sur ce point.

La défense a soumis aux jurés qu'ils pourraient choisir entre les trois verdicts et qu'il keur était libre de rendre un verdict de coupable d'homicide involontaire ou bien encore qu'ils pourraient se former l'opinion que l'accusée ne jouissant pas de ses facultés mentales et qu'alors ils pourraient la déclarer: non coupable.

La défense a aussi prétendu qu'il n'avait pas été prouvé qu'il avait jamais existé de haine entre la prisonnière et la défunte. Celà est vrai et nous n'avons rien de tout celà jusqu'au moment où la prisonnnière a prononcé cette terrible phrase: "Il y a longtemps que je cherchais une vengeance et je l'ai enfin obtenu." Cette phrase a été prononcée sous des circonstances très compromettantes pour la prisonnière.

Le juge passe en revue les différents témoignages.

Un témoin a vu, vers les sept heures du matin, la défunte arriver chez la prisonnière en compagnie de Flanagan. Mais il n'y a pas de preuve que Flanagan fût encore là entre 11 heures et demie et midi et demie. Ce même témoin a vu plus tard la prisonnière et la défunte, mais elle n'a pas vu Flanagan. Dans le courant de l'avant-midi, la prisonnière s'est mise à sa fenêtre et insultant les passants, la défunte est venue pour la retirer de la fenêtre et la prisonnière lui a alors dit: "Si tu ne me laisse pas tranquille, je te casserai la tête avec une hache." Une heure après, la femme à laquelle ces paroles étaient adressées, était trouvée morte et son cadavre portait les traces de blessures qui avaient dû être fait avec une hache!

Puis, la femme qui demeurait au-dessous de chez la prisonnière a entendu du bruit; nul doute que ce bruit ne fut occasionné par la chute du cadavre de la défunte. Outre ce bruit d'une chute, on a aussi entendu un bruit qui pouvait être causé par une personne se servant d'une hache, et immédiatement après la prisonnière dit: "Il y a longtemps que je voulais une vengeance et je l'ai eue."

En sorte que les jurés ont la preuve que la prisonnière a fait la menace de de servir d'une hache, que l'on a entendu le bruit d'une chute sur le plancher, que des coups de hache ont été donnés et que la prisonnière a dit que sa vengeance était satisfaite.

Une autre personne était-elle présente avec la défunte et la prisonnière?

C'est ce que nous ne savons pas, et jusqu'a présent il n'existe rien qui  démontre que Flanagan fut alors présent.

Mais supposons même que Flanagan fut alors présent et qu'il faille croire l'accusée, elle exonore complètement Flanagan. Puis, plus tard elle dit qu'il y était, qu'il a commis le crime, mais qu'elle lui a donné l'occasion de se sauver parce qu'il était un joli jeune homme. Plus tard encore, elle dit que c'était un autre homme qui est venu dans la maison et qui a commis le crime.

Si la prisonnière a fait certaines admissions, elles doivent être prises en entier, et si elle a juré faussement lorsqu'elle a donné une déposition sous serment, ces faux témoignages peuvent établir une forte présomption contre elle.

Le savant juge parle longuement du sang qui se trouvait sur le plancher, sur  la hache et sur les hardes de l'accusée et en conclut que c'est une preuve très forte contre la prisonnière. Il est bien vrai qu'on peut se demander avec la défense, quel a pu être le motif de ce meurtre. Dans certaines circonstances il est plus satisfaisant lorsqu'on peut établir le motif du crime, mais celà n'est ni une obligation, ni une nécéssité. Mais dans le cas présent, la prisonnière a elle-même dit qu'elle cherchait une vengeance.

L'honorable juge émet l'opinion qu'il n'a pas été établi d'une manière satisfaisante que l'accusé n'était pas "compos mentis". Il se peut que l'accusée ne jouisse pas d'une intelligence bien brillante, mais il n'a pas été prouvé qu'elle n'avait pas l'usage de ses facultés mentales.

Le juge répudie la prétention que l'ivresse peut excuser le crime et maintient que dans certains cas l'état d'ivresse peut-être une aggravation de l'offense.

Il termine en recommandant aux jurés de donner à l'accusée le bénéfice de tout doute raisonnable et exprime l'assurance que les jurés rendront un verdict suivant la preuve et suivant leur conscience. Puis les jurés se retirent à quatre heures vingt minutes.

La prisonnière a écouté la charge du juge avec un air de parfaite indifférence.

Le jury entre en cour à six heures et déclare Susan Kennedy coupable de meurtre.

La cour s'ajourne à demain matin, à dix heures. Une foule nombreuse
emcombrait la salle d'audience.

Suite du procès au Palais de Justice le vendredi 3 octobre 1879 (publié le samedi 4 octobre dans la Minerve).

Présidence de l'Hon. Juge Monk. MM Archambault, C.R., et Devlin, C.R., représentent la Couronne. Son Honneur prend le fauteuil à 10:10 hrs.

Michael Flanagan subit son procès sous l'accusation d'avoir tué Mary Gallagher le 27 juin dernier. MM Coyle et McGibbon defendent le prisonnier.

M. Devlin explique au jury les différentes circonstances relatives au crime, circonstances déjà connues de nos lecteurs, et accuse le prisonnier d'être, sinon le principal assassin, du moins le complice de Susan Kennedy.

Le coroner Jones étant assermenté, dit avoir fait l'enquête sur le corps de Mary Gallagher. La police vint le prévenir du crime vers les 8 heures le 28 au matin. Il se rendit aussitôt à la maison portant le numéro 242 rue William. En arrivant au second étage, il apperçu le cadavre d'une femme gisant sur le plancher. Dans un seau (sic) plaçé près du corps se trouvait la tête et une des mains de la défunte. Le témoin assermenta aussitôt un jury pour faire l'enquête.

Le détective Murphy était arrivé quelques minutes avant lui. L'enquête se termine par un verdict accusant la femme Kennedy, son mari Meyers, et le prisonnier à la barre [Flanagan] d'avoir tué la défunte Gallagher. Il y avait des taches de sang sur le lit où s'était couché le prisonnier.

George Glackmeyer, architecte, montre au jury un plan du second étage de la maison où eut lieu le meurtre.

Le Dr. Guérin dit avoir fait l'examen post-mortem du corps de Mary Gallagher, le 28 juin dernier. Le matin de ce jour le coroner vint le chercher à sa résidence vers les dix heures et demie du matin. Il se rendit à la résidence portant le numéro 242 rue William. En arrivant au secon étage, il vit le cadavre de la victime étendu sur le plancher de la cuisine. La tête et une main de la défunte étaient placées dans un seau près du cadavre. Le plancher était couvert de sang. On remarquait aussi des traces de sanglantes sur la muraille. Sur la demande du coroner le témoin commença l'examen du cadavre. La figure portait plusieurs blessures horribles et qui avaient évidemment été infligées avec une hache. Le corps portait aussi plusieurs blessures et meurtrissures. La défunte semblait avoir été une personne très vigoureuse. Lorsque le témoin fut mandé, il était évident que la mort de Mary Gallagher remontait à plusieurs heures. La mort a dû être causée par l'épuisement amené par la perte de sang. Deux des blessures étaient mortelles.

Le grand connétable Bissonnette produit alors en cour la hache trouvée près du cadavre de la défunte. Cette hache est couverte de sang et de cheveux.

Le témoin dit qu'on lui présenta cet instrument lorsqu'il commenca son examen. Il est d'opinion que le ou les assassins s'en servirent pour commetre le crime. Il y avait à peu près quinze blessures sur la tête et le corps de la victime. Le crâne était fracturé à plusieurs endroits. Les témoins ne firent pas l'analyse de l'estomac de la victime. Le témoin  ne peut dire si les assassins se servirent d'autres instruments que la hachette pour tuer la vicitime.  

Transquestionné par le juge. Le témoin croit que la victime n'avait pas encore rendu le dernier soupir lorsqu'on commença à séparer la tête du tronc.

Transquestionné par M. Coyle. Le témoin croit que la défunte a vécu près d'une demie-heure après avoir reçu les terribles blessures que l'on remarquait sur le crâne; seulement du moment qu'elle les reçut elle dut perdre connaissance.

Ellen Burke, veuve de John Troy, étant assermenté, dépose comme suit: Je demeurais sur la rue william, dans le cours du mois de juin dernier. Vers les six heures et demie, le matin du 27 juin, j'entendis frapper à la porte d'entrée; j'ouvris la fenêtre de ma chambre à coucher et je vis la défunte accompagnée d'un homme dont je ne pus voir les traits. Je refusai de leur ouvrir et Mary Gallagher passa alors par la cour située en arrière de la maison et quelques minutes après je vis qu'on leur ouvrait.

Tous deux montèrent ensuite à l'étage supérieur. Je ne vis entrer aucune autre personne dans la maison durant la journée. Dans le cours de l'avant-midi, la prisonnière [Susan Kennedy] se mit à la fenêtre et elle invita à haute voix les personnes qui passaient à l'aller visiter (sic).

Vers midi et quart, j'entendis un grand bruit, comme aurait la chute d'un corps lourd sur le plancher du second étage. La violence de cette chute, fut, telle qu'un morceau de plafond tomba. Durant une dizaine de minutes, j'entendis ensuite quelqu'un qui semblait fendre du bois.

La prisonnière semblait alors tranquille, car on ne l'entendait plus crier ainsi qu'elle le faisait quelques minutes auparavant. Vers les deux heures de l'après-midi, je vis la prisonnière se pencher à la fenêtre située en arrière de la maison et je l'entendis dire "je cherchais à me venger et j'ai enfin réussi." Elle paraissait être alors sous l'effet de la boisson. Je ne revis ensuite la prisonnière qu'après les quatre heures du soir. Elle descendit alors pour aller remplir d'eau un seau qu'elle portait à la main.

Vers les neuf heures du soir, quelques petits garçons qui s'amusaient à jouer dans la cour, se mirent à dire qu'il y avait un cadavre dont la tête avait été coupée sur le plancher de la cuisine de la prisonnière. Je ne fis d'abord guère attention, car je crus qu'ils plaisantaient. Peu après, mon petit garçon vint me dire qu'il était monté chez la prisonnière et que le plancher était couvert de sang. Je montai alors avec une des voisines et j'appercus le corps d'une femme complètement nu étendu sur la plancher de la cuisine. Je remarquai alors que la tête de la victime était dans un seau. J'avertis M. Harper qui alla chercher la police. La prisonnière semblait alors tranquille. Peu après, la police arriva et constata le crime.

Transquestionnée par M. Coyle. Je sais que la prisonnière ne buvait beaucoup, mais je n'ai jamais entendu dire qu'elle était atteinte d'aliénation mentale.

La prisonnière ne sortit pas de la maison durant la journée, du moins à ma connaissance. Plusieurs familles demeuraient dans les autres parties de la maison.

La cour s'ajourne ensuite à deux heures.

A la séance de l'après-midi plusieurs autres témoignages furent entendus et Son Honneur le juge fit une charge très forte contre l'accusé. Le jury fut ensuite enfermé et à 7 heures le juge prit son siège mais, les jurés ne s'accordant pas, il fallut attendre. Enfin à 9 heures ils se déclarèrent d'accord et rendirent un verdict de "non-coupable" à l'accusation de meurtre.

M. Coyle, l'avocat de la défense demanda à Son Honneur la mise en liberté du prisonnier, mais entendu qu'il y a d'autres accusations portées contre lui, la demande ne fut pas accordée. Son procès doit continuer à dix heures ce matin (cet article de journal rapportant les faits du vendredi 3, le procès de dix heures ici mentionné à lieu le samedi 4).

Dans son édition du lundi 6 octobre 1879 la Minerve rapporte la conclusion et le jugement de cette cause qui se sont déroulés le samedi 4)

Présidence de l'Hon. Juge Monk. MM. Archambault, C.R., et Devlin, C.R., représentent la Couronne.

Sentence de mort!

M. Devlin se lève et demande qu'en conformité aux termes de la loi, la sentence soit prononcée contre Susan Kennedy, trouvée coupable du crime de meurtre.

La prisonnière parait à la barre. Sa contenance est assurée, et elle dit à deux reprises en levant la main droite, qu'elle n'est pas coupable. Elle ajoute aussi que c'est le troisième individu, autrement dit, le capitaine qui tua la femme Gallagher. Elle tente encore une fois de persuader la cour que Flanagan est innocent de l'accusation portée contre lui. Elle murmure aussi quelqu'autres paroles inintelligibles.

Son Honneur s'adresse en ces termes à la prisonnière: -susan Kennedy, après un long procès, vous avez été trouvée coupable par un jury consciencieux et respectable d'avoir tué l'infortunée Suzan Gallagher (sic). Votre crime a été des plus audacieux.

Vous avez tué votre semblable sans avoir seulement donné à cette pauvre malheureuse le temps de se préparer à paraître devant son Dieu, sans même lui donner le temps de murmurer une dernière prière. Le jury, tout en reconnaissant votre culpabilité, vous a recommandée à la clémence de la Cour.

Il est de mon devoir de vous dire en ce moment, que vous ne pouvez vous attendre à aucune pitié de la part des hommes. C'est pourquoi vous devrez vous adresser à dieu afin d'obtenir votre pardon par votre repentir. Ne vous fiez pas à de vaines espérances, la religion seule peut maintenant vous venir en aide. Efforcez-vous donc pendant le court séjour que vous avez à passer sur cette terre, de mériter, par votre repentir, le pardon du juge Éternel.

La sentance de la Cour, est que vous soyez transférée de cette Cour à la prison commune du district de Montréal et de là au lieu de l'exécution pour y être pendue par le cou jusqu'a ce que mort s'en suive, le 5 décembre prochain, et que Dieu ait pitié de votre âme.

En entendant la terrible sentence, la prisonnière pâlit légèrement, puis s'écria "je ne suis pas coupable, et Flanagan est pareillement innocent."