31 octobre 2010

Petit spécial de l'Halloween


Vous vous souvenez sûrement de ce jour, où, en creusant à la Pointe-à-Callières, on a retrouvé les vestiges du premier cimetière de Montréal, alors appelée Ville-Marie. C'était là un tout petit cimetière de rien du tout, et pour cause puisque la population n'était pas très très nombreuse à cette époque. Mais elle l'est devenue avec les années alors que Montréal se développait de plus en plus et ce faisant, on a dû aménager des cimetières qui pouvaient accomoder ladite population.

Prenons par exemple l'église Notre-Dame, dans le Vieux-Montréal. Cette dernière, qui attire bon an mal an un bon nombre de visiteurs par année ne fut pas la première église de ce nom situé à cet endroit. Lors de travaux archéologiques en 2006 on a retrouvé les vestiges d'un cimetière alors attenant à l'ancienne église Notre-Dame. Ce cimetière, vraisemblablement ouvert en 1683 fut agrandi en 1734, démontrant d'ores et déjà un besoin grandissant d'espace. 

En 1795, il est décidé de ne plus inhumer les corps dans le cimetière et celà, pour des raisons de santé publique. Il faut donc trouver un autre terrain, plus grand celui-là, à l'extérieur de la ville. Et ce terrain on le trouve dans le Faubourg St-Antoine. Et voilà, se dit alors la Fabrique de l'église Notre-Dame, une bonne affaire de faite.
Enfin, le croyait-on.

La Fabrique avait malheureusement sous-estimé la rapidité à laquelle Montréal se développait et s'agrandissait à travers les nombreux faubourgs et bientôt le cimetière fut littéralement coinçé au milieu de plein d'habitations. On prétendra que les occupants du cimetière ne sont pas des voisins bien bruyants mais bon, ce n'est pas tout le monde qui veut avoir un cimetière à côté de chez lui. Encore une fois la Fabrique de l'église Notre-Dame doit trouver un nouvel espace plus grand. Autre temps même problème, dira t-on.


Le nouveau cimetière fut aménagé en 1854 sur d'immenses terres qui furent données par le docteur Pierre Beaubien dont la famille possédait d'autres terres en bordure de la montagne. Quant à l'ancien cimetière on songe à lotir le terrain et d'en vendre les lots afin qu'ils puissent être développés et pour ça on commençe à procéder au déménagement du cimetière, ce qui veut dire que l'on ne déménageait pas seulement les pierres tombales mais aussi ce qui se trouvait en-dessous.

Un instant, dit le docteur Phillip Carpenter qui dirigeait la Sanitary Association. Parmis les gens enterrés il y s'en trouvait qui étaient décédé des suites de choléra. Et s'il se trouvait quelque chose que le docteur et son association craignaient comme la peste c'était une épidémie de choléra déclenchée par l'exhumation de gens qui en étaient morts. On arrêta donc le sinistre déménagement et le cimetière fut transformé en parc public, que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de square Dominion, celui-là tout juste à côté de la cathédrale Marie-reine-du-Monde où trône la statue de MacDonald. Donc, si vous travaillez dans le secteur et qu'il vous arrive d'y aller sur l'heure du dîner alors vous lunchez dans ce qui est essentiellement un cimetière puisqu'il s'y trouve encore plein de gens qui y reposent toujours.

Parlant d'endroits pour se reposer. Connaissez-vous le parc des Vétérans? C'est un charmant petit parc situé sur la rue Papineau près de l'entrée du pont Jacques-Cartier et bordé par la rue Lafontaine. Eh bien il s'agit encore ici non pas de un mais de deux cimetières protestants, l'un civil et l'autre militaire qui furent utilisés entre 1816 et 1869. Encore une fois, le déménagement ne fut que partiel puisque un inventaire archéologique tout récent a permis de découvrir une quantité appréciable de restes humains sous le parc. D'ailleurs, l'un de ces occupants ne serait autre que le patriote Charles Hindelang qui fut pendu en 1839 à la prison du Pied-du-Courant. Ce cimetière fit lui aussi l'objet d'un déménagement à la fin des années 40 et les corps furent acheminés vers le cimetière de Pointe-Claire.

Pour conclure cet article de ce jour de l'Halloween, j'ai pensé glisser une petite histoire concernant ceux qui sont passés de vie à trépas et de quelle façon leur dernier repos de certains d'entre eux n'en était pas réellement un et qui nous a donné une expression fort populaire que l'on utilise encore aujourd'hui.


En Europe, il y a de celà bien longtemps, on s'est retrouvé avec un épineux problème d'espace pour enterrer  les morts. Les cimetières débordaient. On a alors élaborer un système relativement efficace mais un tantinet macabre pour solutionner le problème. Ainsi, quand une personne décédait, on allait dans le cimetière et on exhumait un vieux cercueil duquel on en sortait le locataire, très certainement à l'état squelettique, pour l'entreposer dans un bâtiment adjacent appelé "bonehouse", ou la maison des ossements. Le cercueil alors "libre" pouvait alors accueillir un nouvel occupant. C'était un truc qui à priori semblait bien fonctionner et de toute évidence le problème de surpopulation des cimetières était résolu. 

Du moins c'est ce que l'on croyait.

C'est qu'un jour, en ouvrant un de ces cercueils pour en extirper le corps, on découvrit que non seulement celui-ci n'était pas dans sa position originale mais qu'il se trouvait sur le couvercle intérieur de longues traces visiblement faîtes par le pauvre infortuné qui fut malencontreusement enterré vivant. Quelle horreur!!


Pour remédier au problème on mit au point un système très simple qui consistait en une petite corde à l'intérieur du cercueil reliée à l'extérieur à une petite cloche. Advenant qu'un pauvre malchanceux se réveillerait dans un tombeau, il ne lui suffirait que de tirer sur la corde pour aviser quelqu'un en haut qu'il fallait le sortir de là au plus vite. Et justement, ce quelqu'un en haut était un type qui passait la nuit assis sur une chaise et qui, faisant sans aucun doute dans son froc, surveillait le cimetière, au cas où surgirait ici où là le bruit d'une clochette. S'il l'entendait alors il s'empressait d'aller chercher de l'aide afin de secourir le pauvre type enterré par erreur. C'est de ce travail de surveillant dans un cimetière la nuit que vint l'expression anglaise "graveyard shift". Aussi, lorsque quelqu'un était sorti d'un cercueil, on disait de lui qu'il avait été sauvé par la cloche.

2 commentaires:

  1. Dommage que personne ne soit venu encore commenter cet excellent texte. Superbe recherche.
    J'aime bien venir déambuler ici quand mon graveyard shift me le permet...

    Continue ton superbe travail camarade. A+

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