31 janvier 2011

Tranches Kraft en 1953


Cliquer pour agrandir


Le fromage est un aliment très ancient dont les origines remontent à plus de 8000 ans, alors que l'Homme avait commençé à domestiquer le mouton. Avec le temps on en est venu à utiliser le lait d'autres animaux comme la chèvre et la vache. Mis à part la Chine et les Amériques, à peu près tous les peuples de la Terre ont développé à un moment de leur histoire du fromage. Le cheddar, le goudat, le camembert, le roquefort, le mozarella, le parmesan, le brie et le gorgonzola n'en sont que quelques exemples. Qui plus est, on peut en retrouver pour toutes les bourses; du caciocavallo podolico à $500 la livre au bon vieux fromage en crottes que l'on met dans les poutines.

Le fromage dont il est question aujourd'hui dans cette publicité de 1953, est une invention relativement récente puisque le "processed cheese" (tel était son nom), fut inventée en Suisse par un certain Walter Gerber. C'est toutefois James L. Kraft qui déposa une demande de brevet pour sa méthode en 1916. Mais bon, Kraft ne débuta la commercialisation du fromage en tranches qu'en 1950, soit trois ans avant la parution de cette publicité.

Il est fabriqué à partir de fromage auquel on ajoute de la crème, de l'eau, du sel et bien entendu du colorant, pour lui donner cette appétissante couleur jaune-orange et sans lequel le fromage aurait davantage une teinte grisâtre. On ajoute à ce joyeux mélange un émulsifiant puis on verse le tout dans des moules pour ensuite le laisser refroidir. On a prit évidemment soin de pasteuriser tout ça avant de l'emballer.

En 1953 un paquet de fromage préparé Kraft comme celui illustré ici contenait 8 tranches mais n'étaient pas emballées individuellement dans du plastique comme aujourd'hui (il faudra attendre 1965 pour celà). Comme ce fromage ne se sépare pas, ne change pas de texture ou de goût lorsque fondu (un gros merci aux émulsifiants pour celà) il est devenu rapidement populaire dans les sandwiches et autres trucs comme les hamburgers.

Quant à la publicité proprement dite elle tout à fait ingénieuse dans sa conception, surtout avec sa photo en noir et blanc que l'on a judicieusement coloré à la main en n'oubliant pas de mettre un accent assez prononçé sur le jaune du fromage. Il est intéressant de noter ici les arguments "vendeurs". Par exemple, on nous dit à droite que les tranches Kraft sont 4 fois supérieures pour les raisons suivantes: 

1) Meilleure saveur. Celà était simplement dû à de nouvelles variétés de composition. On pouvait ainsi rajouter davantage d'émulsifiants, de sel ou de colorant par exemple.

2) Tranches parfaites. Ah, eh bien celà, c'était à cause des moules.

3) Plus commodes! si elles se séparent si aisément c'est la faute aux émulsifiants.

4) Délicieuses variétés. Rajouter des épices ou d'autres menus ingrédients n'est pas sorcier.

Toutefois, il est indéniable que les tranches Kraft ont connu un succès tout à fait fulgurant et continuent encore aujourd'hui d'être très populaires.

27 janvier 2011

Ste-Catherine: rue marchande

Il fut un temps où la publicité, d’un commerçant ou d’un quelquonque produit, n’était pas imprimée par centaines et vulgairement collées sur de grands panneaux dont les larges feuilles se déchiraient. Les publicités d’antan étaient l’affaire d’artistes. Après qu’un graphiste eut conçu sur papier ce que le client voulait, des peintres spécialisés et fort habiles assemblaient un échaffaudage et peignaient ladite publicité en grand format (ou en petit selon les besoins et moyens du client) directement sur la brique d’un bâtiment qui pouvait être ou ne pas être adjacent au commerce en question.  Aujourd’hui il est question d'un petit secteur de la rue Ste-Catherine, entre de la Montagne et Stanley. Du côté Nord de Ste-Catherine on peut apperçevoir le jeu de publicités suivantes:


Ces publicités ont prit un certain coup et pour cause, elles sont exposées aux rayons du soleil alors qu’il est à son plus fort. Sans compter le vent, la pluie et la neige. La première publicité en haut (la principale) est celle de John Henderson, compagnie qui fut fondée en 1834 et dont le commerce principal était la fourrure. Toutefois, la publicité nous apprend que la compagnie vendait également du linge pour hommes. La magasin en soi se trouvait à quelques pas dans un superbe bâtiment de pierre grise au coin de Stanley et Ste-Catherine.


La publicité juste en dessous on arrive à lire partiellement « Holland ». Une recherche dans le Lovell de l’époque m’a montré ceci:


Il s’agit donc du commerce G.A, Holland & Sons, compagnie fondée en 1843 et qui vendait entre autres des meubles, des draperies et du papier peint. L’autre publicité en-dessous est Charles Culross. Une autre recherche dans le Lovell m’a permis de trouver qu'il s'agissait d'un marchand de pianos et grammophones.


De l’autre côté de la rue à proximité se trouve une autre publicité peinte qui a mieux résisté aux affres du temps et des éléments mais bien peu face aux graffitis. Il s’agit de la publicité de Lindsay Pianos Limited. On peut voir une autre publicité superposée où l'on apperçoit le mot "RADIOS" en bas. 


Encore une fois, le Lovell de l’époque m’a confirmé ceci:


Monsieur C. W. Lindsay était donc, comme monsieur Culross commerçant de pianos et phonographes. Un autre coup d’oeil aux alentour me fit découvrir que les marchands de pianos se pilaient presque sur les pieds dans ce secteur puisque j’ai trouvé une autre publicité peinte (plus modeste) tout près:



Le Lovell confirme qu’il s’agit bien d’un commerce local:



Maintenant vous vous demandez certainement quel est ce Lovell dont je fais mention dans les articles sur l’histoire de la ville. Lovell est surtout le nom de l’imprimerie située dans le Vieux-Montréal et qui fut fondée en 1835. Encore plus remarquable est non seulement le fait que l’imprimerie occupe le même emplacement depuis sa fondation mais elle est encore dirigée par la famille Lovell. Ainsi, en 1842, on y imprima le premier répertoire des gens d’affaires du Vieux-Montréal (qui continue d’être publié à ce jour). L’imprimerie est également la plus vieille entreprise toujours dirigée par des descendants de la famille fondatrice.

18 janvier 2011

Investors Syndicate en 1953


Cliquer pour agrandir

Toutes les publicités d'investissement ou presque nous font sourciller un tant soit peu et on peut se rendre compte qu'elles ne datent pas d'hier comme en fait foi cette annonce d'Investors Syndicate du Canada qui parut en 1953.

Les origines de la compagnie remontent à 1894 à Minneapolis aux Etats-Unis en 1894 alors que sévissait une dépression économique. La compagnie, dont le nom était Investors Diversified Services offrait aux gens un plan d'investissement leur permettant de mettre des sous de côté. L'initiative porta fruit et la compagnie devint rapidement une institution financière majeure. C'est en 1926 que la compagnie débuta ses activités au Canada et, en 1940, une compagnie séparée; Investors Syndicate Limited fut fondée.

Et si, justement, vous étiez un travailleur qui aurait, au moment de la parution de cette publicité, soit en 1953, fait confiance en cette compagnie en leur confiant une partie de vos sous durement gagnés, auriez-vous revu cet argent? Est-ce que la publicité disait vrai?

Évidemment pour les gens de cette époque il n'était pas exactement évident de savoir si telle ou telle compagnie existerait encore dans dix ou vingt ans. Aujourd'hui avec le recul celà est évidemment plus facile. Alors la réponse à la question est: oui. Un travailleur qui aurait investi des sommes chez Investors aurait pu bénéficier sans l'ombre d'un doute de l'argent qu'il aurait confié à la compagnie puisque non seulement celle-ci existe t-elle encore aujourd'hui mais qu'en 2009 ses actifs orbitaient autour de 100 milliards de dollars.

Au 18 janvier 1953 de l'argent, justement, plusieurs personnes résidant sur la rue Dorchester entre De Lorimier et Amherst auraient aimé en avoir plus que d'habitude car on apprenait que la ville de Montréal avait envoyé à ces gens des avis d'éviction. La raison? Tout simplement parce que la ville souhaitait élargir Dorchester à cet endroit. Les gens visés par l'éviction avaient protesté car c'était tout à fait insensé de faire déménager à ce temps-ci de l'année alors que les loyers sont rares et qu'en plus c'est quelque chose qui coûte cher. La ville a alors prolongé la date officielle d'éviction au 1er mai (la date des déménagements à cette époque). Parmis ceux qui devont quitter on compte monsieur Henri Côté, propriétaire d'un petit restaurant au coin de Dorchester et Cartier ainsi que l'épicier-boucher du coin, monsieur Lemoignan. Mais déjà, plusieurs maisons dont les occupants avaient déjà été vidées étaient sous le pic des démolisseurs dont celles se trouvant entre Amherst et St-Hubert.

Ces maisons placardées attendent les démolisseurs.

13 janvier 2011

Histoire de pianos


Cette publicité, peinte sur le mur ouest de l’édifice au coin de Berri et Ste-Catherine m’a donné du fil à retordre pendant un certain temps. Si j’arrivais à lire « J. Donat », le nom de famille lui, m’était indéchiffrable. Plutôt que de rechercher dans la section commerciale du Lovell, j’y suis allé avec l’index des rues. J’ai choisi l’édition de 1919-20 tout en espérant que la publicité était relié au commerce dans le bâtiment, et non pour un autre endroit plus loin comme c’était souvent le cas à l’époque. J’y ai donc trouvé ce que je cherchais. Partiellement.


Selon ce que j’ai pu apprendre en fouillant ailleurs, ce commerce était relié aux pianos mais pas en tant que fabriquant (les pages commerciale du Lovell n’ont pas de Langelier dans la section des constructeurs de pianos) mais était souvent « associée » au constructeur de pianos Pratte qui lui, figure bien dans cette catégorie. La Pratt Piano Co était bien connue depuis sa fondation en 1889 par Louis-Etienne-Napoléon Pratte (qui fut aussi le fondateur, propriétaire et éditeur de la revue « L’art musical » qui parut de 1896 à 1899).




J. Donat Langelier ait commençé à faire des affaires en 1915 à Pointe-aux-Trembles pour ensuite migrer vers le centre-ville. Le commerce fusionna avec Pratte Piano Co en 1926 (devenu propriété d’Antonio Pratte en 1911 lors du décès de son frère). Cette compagnie fusionna de nouveau avec N. G. Valiquette en 1963 pour devenir Langelier-Valiquette Ltée.

Emplacement de la publicité


9 janvier 2011

L'incendie du Laurier Palace

L'article d'aujourd'hui, je ressens le besoin d'en aviser les lecteurs de ce blogue, est lourd et ne fut pas facile à écrire car il concerne une tragédie qui s'est déroulée il y a de celà 84 ans à Montréal. Une tragédie qui décima la population infantile d'un quartier, détruisit des familles et qui boulversa la vie d'innombrables personnes.

Nous sommes le dimanche 9 janvier 1927 dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. C'est une journée ensoleillée où les enfants auraient dû aller patiner, glisser ou jouer tout simplement dehors. Malheureusement pour plusieurs d'entre eux, l'attrait d'aller voir un film au cinéma est plus tentant.

Ce cinéma s'appele le Laurier Palace, situé sur la rue Sainte-Catherine un peu à l'est de Dézéry. On y présente ce jour-là un film qui s'intitule "Get 'em young" (Prends-les jeunes), une comédie. Plus de 250 enfants dont la moyenne d'âge est de dix ans emplissent donc le parterre et le balcon situé au deuxième. Ces enfants ont pour la plupart conté un mensonge à leurs parents quant à l'endroit où ils allaient, ceux-ci les croyant dans un parc ou chez des amis. Ces mêmes parents ne croient pas un seul instant que leurs enfants pourraient se trouver au cinéma puisqu'il existe un règlement municipal qui interdit aux moins de 16 ans de se trouver dans une salle de cinéma à moins d'être accompagnés d'un adulte. Mais alors, comment se fait-il que la salle soit bondée d'enfants?

De certains prétendent que le propriétaire du cinéma, Ameen Lawland, distribue souvent des billets gratuits à des policiers et ceux-ci en retour ferment les yeux sur le règlement concernant l'accès de la salle aux enfants non-accompagnés. Est-ce que cette affirmation est véridicte? Difficile à dire sauf que Lawland n'en est pas à une infraction près car son cinéma ne respecte pas d'autres règlements et cette négligeance aura des conséquences malheureusement funestes.

Si la grande majorité des enfants sont assis d'autres, n'ayant pu trouver de places, sont debouts. La salle est plongée dans le noir et la projection commence. Vers 13:20 tous rient de bon coeur en regardant le film mais voilà que tout à coup que de la fumée s'échappe de sous le plancher du balcon à l'avant. La fumée devient de plus épaisse et la panique commence à s'installer. La salle est toujours dans l'obscurité quand deux placiers arrivent avec des extincteurs chimiques afin d'éteindre le feu mais l'ennui c'est que le feu est sous le plancher. Près de l'unique escalier en forme de "C" un autre placier empêche les enfants de descendre et on tente de calmer les enfants, que ce n'est rien de grave et que tout va rentrer dans l'ordre.

Au parterre les enfants sont déjà en train de sortir du cinéma. Au balcon, voulant atteindre le feu, un placier pioche sur le plancher afin d'atteindre le feu et ce geste provoque littéralement une explosion de fumée. Cette fois, c'est la panique, surtout que les lumières ne sont toujours pas allumées!

Des enfants sautent en bas du balcon malgré une hauteur de quatorze pieds et certains se tuent dans leur chute. Une autre, racontera un enfant qui a survécu, est tombé à cheval sur un dossier de siège et a pris la direction de la sortie comme si de rien n'était. Toujours au balcon les enfants se ruent sur l'escalier mais l'état de panique généralisé fait chuter de nombreux enfants dans l'escalier à trois angles et une sinistre empilade s'ensuit. Pis, la porte menant à l'extérieur ne peut être ouverte.

A l'extérieur l'alerte est donnée et de nombreux hommes accourent et quand ils arrivent ils sont accueillis dans l'obscurité par les cris affolés des enfants qui hurlent de partout dans un chaos indescriptible. Puis, après ce qui a semblé une éternité, les lumières s'allument enfin et pour les secours qui arrivent ce n'est rien de moins qu'une scène d'une horreur qui se présente à eux. Là, au bas de cet escalier maudit sont empilés des enfants. Un de ceux-là n'a que la tête qui émerge et supplie les hommes de le sortir de là mais, étouffé par la masse, il meurt sous leurs yeux.

Un des premiers à arriver est le pompier Alphéa Arpin du poste #13. Ce dernier, avec les autres, commence la difficile tâche d'extirper les enfants mais s'arrête soudainement lorsqu'il reconnaît parmis les petits corps celui de son propre fils, Gaston, âgé d'à peine six ans.

Pour les pompiers le plus important est de sortir les enfants et ce, le plus rapidement possible. Pour accèder plus rapidement on décide d'abattre le mur mitoyen qui sépare l'escalier de la rue alors que d'autres, sous l'escalier, donnent de grands coups de hache afin de le briser et se faisant, les corps tombent où, récupérés par des hommes ils sont rapidement emportés à l'extérieur.

A l'extérieur on a aligné les enfants sur le trottoir où l'on constate, malheureusement, que la mort à fait son oeuvre pour plusieurs d'entre eux. Des médecins qui sont arrivés sur place commencent à évaluer l'état des enfants et pour ceux qui ont rendu l'âme des prêtres s'affairent à donner les derniers sacrements. Des ambulances commencent à emporter ceux qui ont survécu dans les hôpitaux. Ici et là, toujours sur le trottoir, des policiers donnent la respiration artificielle à ceux et par chance, ils parviennent ainsi à ramener à la vie certains enfants.



La compagnie de taxis Diamond a dépêché sur place plusieurs de ses taxis qui se chargent d'amener les corps des enfants aux postes de police et pompiers avoisinants, lesquels sont transformés en morgue. Mais le moment le plus terrible reste encore à venir. En effet, la nouvelle de l'incendie s'est vite répendue et des parents, inquiets de ne pas voir leurs enfants parmis eux, s'inquiètent du pire. Près du cinéma les policiers séparent les curieux des parents et ces derniers, habités de la pire émotion qui puisse les habiter, soulèvent doucement les bâches les unes après les autres et, inexorablement s'élève une voix emplie de tristesse "C'est lui!". Quant au propriétaire Lawland, il n'est nulle part autour du cinéma et certains témoignages rapportent qu'il se serait plutôt rendu chez lui afin de contacter son avocat.



Dans les morgues de fortune aménagées on fait entrer les parents par petits groupes où les attendent les corps des enfants, souvent dans la position dans laquelle on les a extirpés. D'autres parents nagent dans la confusion car le sauvetage est terminé mais leur enfants n'est pas revenu à la maison. Est-il au parc en train de jouer et ne sachant rien de tout ceci ou bien s'est-il rendu au cinéma? Est-il vivant? Certains, n'apprenant que la nouvelle beaucoup plus tard, vont d'hôpital en hôpital et questionnent le médecin de garde en donnant le nom de leur enfant, espérant le retrouver là dans une chambre. Certains les retrouvent là mais d'autres ne sont pas aussi chanceux et c'est avec le coeur horriblement lourd qu'ils sont dirigés vers un immeuble de la rue St-Vincent où l'on a assemblé tous les corps des victimes pour identification légale. Personne ne voudrait vivre ce cruel dilemne, celui de vouloir savoir ce qui est advenu de son enfant mais en même temps écrasé par la crainte d'appercevoir le petit corps. L'atmosphère est d'une telle lourdeur que des gens se doivent de remonter dehors.


Le docteur Derome, médecin-légiste qui avait fait partie des secouristes et qui avait tenté sur place de déterminer les causes des décès, ne put contenir ses émotions et déclara que ce fut là l'expérience la plus horrible de sa vie et qu'il n'avait jamais rien vu d'aussi effrayant.

Du nombre total de victimes il fut établi que 61 périrent par asphyxie, 11 le furent par écrasement et 5 des causes de brûlures diverses.

Dès le lendemain eurent lieu dès neuf heures du matin les obsèques des pauvres victimes à l'église de la Nativié à l'angle de Ste-Catherine et Dézéry mais déjà depuis huit heures les tramways du circuit de la rue Ontario ne cessent de déverser des gens venus assister au triste évènement. Là, dans le choeur de l'église sont réunis 38 cercueils, certains noirs mais d'autres blancs. On a eu beau ajouter des sièges supplémentaires mais rien n'y fait et quantité de gens assistent, debout la où ils peuvent. Jamais, avait-on dit à l'époque, l'église n'avait accueilli autant de gens depuis le Congrès Eucharistique de 1910. Et, une fois les funérailles terminées, un imposant cortège se rendit au cimetière pour l'inhumation.

Au terme d'un procès le propriétaire Ameen Lawland ainsi que les placiers Camille Bazzy et Michel Arie sont reconnus coupables d'homicide involontaire. Lawland est condamné à trois ans de prison alors que Bazzy et Arie écopent chacun d'un an de pénitencier.

Ce triste évènement éveilla les consciences quant aux normes de sécurité concernant les cinémas et théatres. Plusieurs recommandations voient le jour et c'est en mars 1928 que le gouvernement provincial de Tashereau met en place une loi qui oblige les salles de théatre et cinéma à se doter de portes s'ouvrant sur l'extérieur et que ces portes doivent demeurer libres en tout temps. Un autre aspect porte sur les dimensions d'escaliers et autres passages et on interdit du même coup l'accès à ces salles par toute personne de moins de seize nonobstant qu'elle soit accompagnée ou non.

Le clergé fit aussi une charge en règle contre les cinémas, affirmant que ces endroits ruinaient la santé des enfants, affaiblissaient leurs poumons, troublaient leur imagination, excitaient leurs nerfs, nuisaient à leurs études et ne menaient qu'a l'immoralité.

Mon grand-père a bien failli aller au Laurier Palace cette journée-là mais mon arrière grand-mère le lui interdit car cette journée-là on célébrait la famille à l'église. Malheureusement, le cousin de mon grand-père, Adrien, y alla et compta parmis les victimes.

La règlementation concernant l'accès des cinémas aux moins de seize ans prit fin en 1961 et de nouvelles dispositions furent mises en place en 1967. Quant à l'incendie lui-même, l'enquête sembla démontrer qu'il aurait été causé par une allumette ou une cigarette jetée au sol et qui aurait passé entre les planches.

Pour qu'un feu brûle il lui faut trois choses; de l'oxygène, du combustible et de la chaleur. L'élimination d'un seul de ces éléments suffit à l'éteindre. Dans l'entre-plancher du blacon l'espace était relativement restreint et clos, le feu se serait probablement éteint de lui-même. Cepandant, c'est lorsqu'un placier entreprit de défoncer le plancher que l'explosion de fumée et de feu se produisit. Ce phénomène est aujourd'hui bien connu; une feu qui manque d'oxygène semble se résorber mais les gaz de combustion demeurent à une température plus élevée que le point de feu et s'il y a un affux soudain d'oxygène il en résulte un effet "d'explosion" tel qu'observé dans la salle du Laurier Palace.

Quelle mémoire de l'évènement subsiste aujourd'hui?

Malheureusement très peu, comme trop de choses à Montréal. Sur la facade du bâtiment construit sur l'emplacement du cinéma se trouve une toute petite plaque noire qui se perd dans la masse de brique jaune et qui rappele qu'a cet endroit 78 enfants sont morts mais sans plus. Dans la rue, au parc d'en face ou n'importe où autour il ne se trouve rien à la mémoire de tous ces enfants.


Il se trouve toutefois un monument au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, celui de la famille Champagne ou repose René Champagne qui mourut dans l'incendie. Son père, un certain docteur Champagne, a fait graver sur le côté de son monument tous les noms des enfants qui ont péri dans la tragédie mais certains noms commencent à être difficiles à lire car la gravure est petite, sans compter l'usure du temps et des éléments.



Après une recherche exhaustive, j'ai réussi à retracer la sépulture d'un certain nombre d'enfants. Certains ayant été inhumés au cimetière Notre-Dame-des-Neiges alors que d'autres l'on été au cimetière de l'Est, aujourd'hui appelé le Repos Saint-François d'Assise. J'ai tenté de dresser ici une liste des victimes ainsi que leur âge et l'endroit où ils reposent tel que je les ai trouvé dans les régistres existants.

Il se trouve un certain nombre d'enfants dont je n'ai pu retrouver quelquonque trace d'inhumation. En ce qui les concerne les régistres des deux cimetières que j'ai consulté sont restés muets. Je n'ai pas consulté les cimetières Hawthorn-Dale dans l'est de la ville ni Mont-Royal car ils étaient à l'époque des cimetières de confession protestante.

Où reposent-ils donc? Ceux que j'ai pu dont j'ai pu retracer la sépulture sont identifiés des lettres RSFA pour repos St-François d'Assise et CNDDN pour Cimetière Notre-dame-des-Neiges. Les lettres FT quant à elles indiquent que l'enfant a été enterré dans une fosse temporaire.

Les victimes:

Gaston Arpin, 10 ans (RSFA - Section 13, concession 0417)
Marcel Baril, 15 ans
Annette Bisson, 16 ans (RSFA - Section 12, concession 0261)
Germaine Boisseau, 18 ans *
Yvette Boisseau, 8 ans *
Rolland Boisseau, 11 ans *
Raoul Bouchard, 10 ans (RSFA - Section FT, concession 1927) 
Raoul Benoît, 11 ans (RSFA - Section 13, concession 0239)
Roger Coulombe, 11 ans
René Champagne, 16 ans (CNDDN - section B, lot 02471)
Roland Clément, 7 ans
Thérèse Couture, 14 ans
Armand Cournoyer
Jean-Marc Dumont, 13 ans
Germaine DeTonnacourt, 12 ans
Maurice Dumont, 16 ans (RSFA - Section 09, concession 0337)
Antonio Dufour, 12 ans (RSFA - Section FT, concession 1927)
Laurette Francoeur, 16 ans
Edouard Fréchette, 12 ans
Jean-Marie Gagné, 12 ans
Jean-Marc Gagné, 14 ans
Lucien Gervais, 11 ans * (Frère de Maurice mais n'apparaît pas au régistre)
Maurice Gervais, 14 ans * (RSFA - Section 11, concession 0041)
Marcel Girard, 9 ans
Maurice Grondines, 11 ans (CNDDN - section B, lot 01622)
Roland Guérin, 10 ans (CNDDN - Section FT, lot 1927)
Adrien Gauthier, 10 ans (cousin de mon grand-père)
Roland Gravel, 7 ans
Raoul Girard, 8 ans (CNDDN - section GA, lot 00729)
Réjeanne Gauthier, 10 ans
Lucien Gervais, 12 ans
Ida Godin, 10 ans
Arthur Godon, 13 ans (RSFA - Section FT, concession 1927)
Bernard Houde, 13 ans (RSFA - Section FT, concession 1927)
Adrien Hétu, 9 ans (CNDDN - section B, lot 02964)
Alda Leduc, 16 ans
Ange-Aimé Levasseur, 13 ans
Marcel Levasseur, 9 ans
Armand Lavallée, 10 ans (RSFA - Section FT, concession 1927)
Roland Leduc, 11 ans
Cécile Martin, 8 ans (RSFA - Section FT, concession 1927)
Édouard Morin, 18 ans
Antonio Ménard, 12 ans
Georges McCleary, 8 ans
Michael Murphy, 14 ans
Rita Maheu, 7 ans
Èva Martel, 8 ans
Philippe Nantel, 12 ans (RSFA - Section FT, concession 1927)
François Otis, 10 ans
Marthe Paquin, 6 ans (RSFA - Section FT, concession 1927)
Françoise Pesant, 14 ans (CNDDN - section P, lot 00971)
Roméo Pelchat, 9 ans
Arthur Paul, 11 ans
Raoul Pageau, 9 ans
Roger Pageau, 14 ans (RSFA - Section FT, concession 1927)
Hildegarde Quintal, 10 ans * (RSFA - Section 10, concession 0017)
Adrien Quintal * (RSFA - Section 10, concession 0017)
Sylvia quintal, 8 ans * (RSFA - Section 10, concession 0017)
Marcel Ratté, 11 ans
Louis-Philippe Rémillard, 11 ans
Germaine Rivard, 14 ans
Albert Reade, 11 ans
Albert Robidoux, 11 ans
René Roy, 14 ans (CNDDN - section M, lot 00743)
Édouard St-Pierre, 18 ans
Gertrude Sauvageau, 14 ans
Georges Stoneff, 7 ans
Simone Séguin, 13 ans
André Tellier, 14 ans (CNDDN - section B, lot 00504)
Alice Taillon, 11 ans
Gabriel Tardif, 7 ans
Léopold tremblay, 11 ans * (RSFA - Section 09, concession 0625)
Yvette Tremblay, 7 ans * (RSFA - Section 09, concession 0625)
Joseph Tremblay, 11 ans * (n'apparaît pas au régistre)
Charlemagne Vincent, 11 ans
Jeanne-d'Arc Viens, 4 1/2 ans

6 janvier 2011

Correction d'images


Cliquez pour agrandir

Les publicité apparaissant ici font toutes partie de ma collection personnelle et la plupart proviennent de vieux magazines qui furent conservés à travers les années. Ces magazines datent pour la plupart des années 50 alors que d'autres sont un peu plus vieux. Avant d'apparaître ici les publicités doivent évidemment être numérisée et traitée un tant soit peu afin de leur redonner un peu de lustre. Malheureusement certains numéros ont plus ou moins bien traversé les années.

Parfois le défi réside dans une publicité endommagée, soit parce que le papier s'est déchiré ou bien qu'il manque carrément un morceau. En d'autres occasions, plus fréquentes celles-là, c'est le papier qui a jauni et même bruni dans certains cas. Aujourd'hui, dans cette publicité de Dominion Oilcloth (dont j'ai déjà parlé dans un article précédent) remontant à octobre 1948, il y a eu non seulement le papier fortement jauni mais aussi le fait que cette annonce comporte une photo en couleurs (en fait il s'agit d'une photo en noir et blanc teinte à la main) dont l'impression a quelque peu bavé. Observez ci-dessous la différence entre l'image originale du magazine et le résultat après l'avoir retouché. Ce n'est pas miraculeux (je ne suis pas un spécialiste de la retouche) mais au moins la photo semble avoir un peu plus de punch.


Cliquer pour agrandir