5 février 2012

Griffintown au début du XXè siècle

En 1903 William McFarlane Notman, fils célèbre photographe william Notman et très bon photographe lui-même, prend plusieurs clichés dans Griffintown pour le compte d'un certain monsieur Meredith. Les résidents de Griffintown, on le sait bien, ont été parmis les plus pauvres de Montréal, c'est bien connu mais ce qui est intéressant ici c'est justement de voir quel était cet environnement dans lequel ils vivaient.

Fig. 1: Rue de l'Aqueduc, 1903. Crédit photo: Musée McCord

Comme on peut le voir, le luxe n'est pas au rendez-vous. Cette maison (fig.1) sur la rue de l'Aqueduc est réduite à sa plus simple expression. Hormis la cheminée, elle est entièrement faite de bois, la brique même si elle était bon marché, était trop dispendieuse pour ces gens. Le terrain, visiblement en pente, a fait travailler la structure de la maison qui compte au minimum trois locataires; deux au rez-de-chaussé dont les portes se situent à gauche et à droite, et un autre en-haut dont l'entrée est au milieu. La rue est terre battue et les troittoirs en bois. Les fils électriques qui passent en-haut ne servent pas à alimenter les maisons, qui n'en ont pas, mais bien le réseau de la Montreal Street Railways, dont la centrale au charbon n'était pas très loin.

Fig. 2: Rue Barré, 1903. Crédit photo: Musée McCord
Une autre demeure de bois (fig. 2) dont la cheminée, si elle existe, se trouve probablement derrière. Ses bardeaux, tout comme la toîture, ont vu de meilleurs jours. Deux familles y logent; l'une en-bas et l'autre en-haut. On remarque aussi l'absence complète de fondations, la maison semble reposer directement sur le sol. On remarque encore ici les fils électriques de la Montreal Street Railways.

Fig. 3: Rue Barré, 1903. Crédit photo: Musée McCord

La pauvreté de Griffintown ne pourrait pas mieux s'exprimer que par cette maison (fig. 3) sur la rue Barré. Sa structure entièrement de bois semble vouloir s'afaiser de par la toîture. Les planches de bois sur le devant semblent se tordre et la cheminée en pierre n'inspire visiblement pas confiance. Une porte rudimentaire donne accès à une cour sans aucun doute très petite. Cette maison, comme les autres du quartier, n'avaient aucune isolation et les hivers rigoureux devaient être assez éprouvants. Quelques autres détails attirent l'attention; il y a les nombreux fils de la Montreal Street Railways à l'arrière et l'autre maison derrière, dont on se demande si l'échelle posée sur la cheminée n'a pas été plaçée là pour empêcher cette dernière de tomber.

 Fig. 4: Rue Barré, 1903. Crédit photo: Musée McCord


Toujours sur la rue Barré on apperçoit ici une maison (fig. 4) d'allure coquette faite de bois et de bardeaux qui compte une cheminée en pierre de taille. Son «luxe» apparent est ici un balcon avec rampe. Cepandant j'ose imaginer qu'en raison de la forte dénivellation de ce dernier, se bercer était hors de question. Ou, à tout le moins, tout un sport. Au deuxième étage de la maison voisine une personne regarde le photographe à l'oeuvre où peut-être les fils de la Montreal Tramways Company en se disant que ce serait bien d'en avoir un peu de cette électricité...

Fig. 5: Arrière de maison, rue Barré, 1903. Crédit photo: Musée McCord

Voici la même maison mais vue de l'arrière et ici quelques éléments deviennent rapidement intéressants. On peut voir une sorte de remise dont le toît légèrement en pente est transpercé d'une longue cheminée. De cheminées de ce type étaient souvent utilisées par des forgerons afin d'éviter que des étincelles ne sortent pour aller mettre le feu partout. Le tonneau, qui n'est pas là pour récupérer l'eau de pluie, laisse deviner qu'il était utilisé pour y tremper des pièces de métal chauffées. Il y a fort à parier que l'on y ferrait probablement les chevaux et d'ailleurs on comptait sur la rue Barré deux forgerons; Alfred Normandeau et John Fitzpatrick, se pourrait-il qu'il s'agisse ici de la maison de l'un des ces deux-là? L'adresse de la maison, au-dessus de la porte sur la photo précédente, est malheureusement trop petite pour pouvoir la déchiffrer avec exactitude. Mon interprétation est donc purement spéculative.

Fig. 6: Rue Barré, 1903. Crédit photo: Musée McCord


Ssur la rue Barré également voici qu'apparaît cette petite maison (fig. 6) que l'on pourrait qualifier d'unifamiliale. Faite en bois elle aussi elle est toutefois dotée d'une toîture en fer et d'une large cheminée. Elle semble en meilleure condition que les autres malgré un gonflement du mur sur le côté. Derrière on peut apperçevoir un bâtiment complètement en brique avec fondation de pierre. Hormis deux maisons près de la rue Lusignan, toutes les résidences de la rue Barré ont disparu.

6 commentaires:

  1. Gabriel Deschambault6 février 2012 à 10 h 05

    tres belle série de photos.
    Sur la figure 6 on peut aussi noter les traverses de piétons en pierres plates tandis que la chaussée est toujours en terre. On peut imaginer traverser les rues par temps de pluie.
    Merci pour ces pages.
    Gabriel Deschambault

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  2. C'est une très belle série de photos en effet, le fils de Notman a perpétué d'une très belle façon le travail de son père.

    Pour les traverses c'est vrai mais je n'ose trop imaginer les rues par temps de pluie abondante ou lors de la fonte des neiges...

    Pluche

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  3. Dans mon enfance,on pensait que le quartier le plus pauvre de Montréal était celui de Saint-Henri.Cette impression fut renforcée par le film "Bonheur D'occasion",dont l'action se passait à Saint-Henri en 1940.La maison qu'habitait la famille Lacasse ressemblait à celle de la fig.1.

    Je me demande alors pourquoi je n'ai jamais entendu parler de la pauvreté du quartier Griffintown dans mon enfance.Est-ce qu'il existait encore?

    Je suis d'accord que la qualité de cette série de photos est exceptionnelle.

    Normand

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  4. En 1940 il devait possiblement exister encore de ces vieilles maisons mais le quartier se transformait déjà. Il reste de belles maisons le long du parc Ste-Ann et qui prédatent certainement le début du vingtième siècle quoique faites en brique.

    Pluche

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  5. il y a une maison près de chez moi, près du parc Thomas Chapais...je devrais passer dans le coin avec mon appareil photo juste pour cette raison bientôt. Ça a l'air d'une vieille maison, probablement pas aussi vieille que dans ces photos, mais bien cachée par les autres autour, on a tendance à passer devant et pas s'en apercevoir.

    Pour voir cette maison, aller sur Google Maps et dans la recherche, tapez "5324 Desormeaux, montréal" et faites "Street View"

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    1. Elle semble vieille mais pas tant que ça. Son architecture est curieuse toutefois, surtout le toît mansard. Pas très courant. Probablement plusieurs modifications apportées au fil des ans.

      Pluche

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